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Seydina Limamou Lahi al-Mahdi (psl) et les hadiths sur la venue du Mahdi

Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux.
Je cherche refuge auprès d’Allah contre Satan. Il n’y a pas de préservation ni de force si ce n’est par Allah, l’Elevé, l’Eminent.
Louange à Allah, Seigneur de l’univers.
Nos salutations s’adressent d’emblée à l’endroit du Khalif Général Seydina Abdoulahi, fils de Seydina Issa Rohou Lahi (psl), fils de Seydina Limamoul Lahi al Mahdiyou (psl). Qu’Allah lui accorde santé et longévité.
Que la paix soit sur toute la famille de Seydina Limamou (psl), sur toute la communauté Ahloulahi, ainsi que sur toux ceux qui suivent la voie de Dieu.
Je suis membre du groupe almahdiyou.org créé et dirigé par Alassane Diop qui a eu la gentillesse de partager l’idée avec moi depuis la période de sa conception. Le groupe almahdiyou.org est composé aujourd’hui de plusieurs membres et a pour but de vulgariser la mission de Seydina Limamou Lahi (psl) et de son fils Seydina Issa Rouhou Lahi (psl). Depuis sa création, chacun des membres essaie d’ajouter sa pierre à l’édifice. Aujourd’hui c’est à notre tour d’apporter une modeste contribution après en avoir reçu l’autorisation.
Ainsi mon discours sera axé sur les propos que Seydina Limamou (psl) a tenus pour apporter des clarifications sur l’opportunité de sa mission prophétique : « mana demb mana tay1 ».
1 Nous l’avons traduit par « Je suis celui d’hier et d’aujourd’hui. »
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Mana demb mana tay : Adéquation de la mission de Seydina Limamou Lahi (psl) avec les enseignements du coran et de la sunna sur la fin de la venue de nouveaux prophètes
En Wolof, cette expression est composée de trois mots : de « mana », traduit par « je suis » ou « c’est moi » et qui est prononcé deux fois, ensuite de « demb » traduit par « hier » et dernier de « tay » traduit par « aujourd’hui. »
Il a cité deux fois le mot « mana » dans son expression, divulguant ainsi qu’il ne vient pas en tant que nouvel envoyé de Dieu. Il stipule en effet qu’il a déjà vécu dans le passé en tant que messager de Dieu, et qu’il est revenu dans ce monde pour une seconde mission. Le terme « demb » fait référence à sa première vie, dans le passé, en Arabie. Quant au terme « tay », il fait référence à sa seconde vie à Yoff. C’est une réponse courte et pleine de sens qu’il a ainsi adressée à ceux qui ont rejeté son appel et qui s’appuient sur la croyance qu’il n’y aurait plus de prophète dans ce monde après la disparition de Muhammad (psl).
Notre objectif est d’essayer d’expliquer cette affirmation de Seydina Limamou Lahi (psl) afin que ses négateurs puissent parvenir à comprendre le véritable sens de ses mots et par la même occasion revoir les enseignements de l’islam sur l’avènement d’un prophète ou pas après la disparition de Muhammad (psl). Comprendre la dimension de cette parole permettra également de mieux connaître Seydina Limamou Lahi (psl). « Qui ne connaît la valeur des mots, ne saurait connaître les hommes2. »
La mission de Seydina Limamou Lahi (psl) a été divulguée par la déclaration qu’il a faîte à travers les termes suivants :
« Répondez à l’Envoyé de Dieu ! Oh communauté d’hommes et de djinns, je suis l’Envoyé de Dieu vers vous. Je suis le Mahdi que vous attendiez. »
Certains de ses proches qui ont été témoin de sa déclaration lui ont répondu :
« Limamou, c’est bien parce que tu es un illettré3 que tu oses faire une telle déclaration. Si tu avais été instruit, tu aurais su qu’il n’y aurait plus de prophète dans ce monde après Muhammad (psl)4. »
2 On attribue cette citation au philosophe chinois Confucius.
3 Seydina Limamou (psl) était un illettré.
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Seydina Limamou Lahi (psl) leur affirma qu’il n’était pas un nouveau prophète, contrairement à ce qu’ils pensaient, mais qu’il était de retour après avoir déjà vécu dans le passé. Il leur informa qu’il est le prophète Muhammad (psl) jadis le fils d’Abdoulahi et d’Aminah, et qu’il était revenu pour mener une seconde mission. Il révéla qu’après son enterrement à Médine, il n’est pas resté dans sa tombe plus de trois jours avant de la quitter pour rejoindre la grotte de Ngor5, partant ainsi de l’Est vers l’extrême Ouest.
Il dit avoir séjourné pendant plus de mille ans6 dans cette grotte de Ngor où le rejoignaient les âmes qui étaient désignées pour l’accompagner dans sa seconde mission. Durant son séjour dans cette grotte, il nous apprend que chaque nuit, il faisait le tour du monde entier à la recherche de l’endroit de sa seconde mission sur terre parmi les non arabes. Il révèle qu’il ne trouva aucune communauté où les femmes couvraient leur corps mieux que la communauté Lébou7. C’est ainsi que sa maman, Coumba Ndoye, fut choisie parmi les femmes de cette communauté.
Lorsqu’il atteignit ses quarante ans, il se révéla au monde, en tant qu’envoyé de Dieu, ayant reçu l’ordre d’inviter Hommes et Djinns à venir répondre à son Appel8. « Muhammad qui s’était endormi s’est réveillé », disait-il, de même que : « Muhammad qui était parmi les Blancs est devenu noir, » « l’Arabe de la Mecque est devenu noir à l’Ouest… Je suis le Mahdi que vous attendiez9 », « Un jour viendra où l’Est me rejoindra, l’Ouest me rejoindra, le Nord me rejoindra, le Sud me rejoindra. » S’agissant de ses détracteurs ils disaient :
« en réalité, ils ne me détestent pas, mais ils ignorent qui je suis, car ils ne sont pas parvenus à me reconnaître. Je suis comme un invité dont on guettait l’arrivée par la porte mais qui est finalement passé par la porte située à l’arrière de la maison. Oh Limamou, comme tu as surpris les habitants de cette région10 ! »
4 C’est un argument brandi jusqu’à nos jours par tous ceux qui s’attaquent à lui, à sa mission, ainsi qu’à sa communauté.
5 Lô Cheikh Mukhtâr, Bushrâ al-muhibbîn wa tayqîz al-jâhilîn, p. 4. Mboup Muhammadou, Thamarat fuâd al-tâbi’în wa iyqâz al-jâhilîn wa tabayyan al-âlamîn ‘alâ millatihî wa sîratihî wa huwa Sayyidunâ imâm al-Mahdiy al- Muntadharp ‘alayh al-salât wa al-salâm âmîn, p. 67-68.
6 Cheikh Mukhtâr Lô p. 4. Muhammadou Mboup, p. 69.
7 Idem.
8 Muhammad Mboup, p. 28-33.
9 Ndoye Dun Pâthé, jawâb al-sâil, p. 3.
10 Ce sont des propos qu’il avait tenu au début de son Appel et qui sont rapportés par ses compagnons dans leurs ouvrages, à travers différents témoignages, ainsi que par ses descendants. La non publication de ces livres rend difficile leur accessibilité notamment pour les chercheurs qui ne sont pas des adeptes de la communauté
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Malgré cette réponse explicite sur le fait qu’il ne se déclarait pas être un nouvel envoyé, et qu’il était quelqu’un qui revenait une seconde fois, son appel fut rejeté par son peuple qui ne cessait pas de lui répéter qu’il ne pouvait y avoir un autre prophète après Muhammad (psl). Sa déclaration est certes bouleversante et inattendu. Cependant, cela a toujours été le cas à chaque fois qu’un prophète recevait l’ordre divin d’annoncer sa mission.
L’absence d’évolution dans la réponse de ses négateurs depuis le début de sa mission jusqu’à nos jours nous fait penser qu’ils n’ont pas compris ce qu’il a voulu dire ou bien qu’ils le comprennent parfaitement mais qu’ils se refusent tout simplement de se pencher sur la question de la possibilité du retour d’un prophète dans ce monde. Malgré le fait que Seydina Limamou Lahi (psl) ait dit « c’était moi hier, c’est moi aujourd’hui », les gens continuent d’insister sur le fait qu’aucun prophète ne puisse venir après le prophète de l’Islam. C’est comme s’ils avaient compris, à travers ses propos, qu’il s’était déclaré être un autre prophète après Muhammad, ce qui n’est bien évidemment pas le cas.
Depuis son Appel jusqu’à nos jours, cent quarante années se sont écoulées. La conviction qu’il ne viendrait plus aucun prophète après Muhammad (psl) continue d’exister. C’est le principal argument de leur rejet. C’est une conviction qui balaie d’un revers de main la possibilité du retour d’un prophète. Seydina Limamou Lahi (psl) a vécu une période où la majeure partie des musulmans croyait au plus profond d’eux-mêmes qu’il ne viendrait plus aucun prophète après Seydina Muhammad (psl).
Depuis le VIIe siècle, cette prétention s’est évoluée au fil du temps, pour finalement devenir une croyance fortement ancrée dans leur coeur. Des savants ont facilité à tort la propagation de cette croyance chez eux et aujourd’hui ils le prennent, dans leur grande majorité, pour une vérité absolue.
Si toute croyance d’un musulman doit avoir comme fondement le coran et la sunna, nous pouvons affirmer que l’argument des négateurs n’est en aucun cas conforme à ces derniers. Il ne se justifie ni à travers l’un, ni à travers l’autre. Cela ne les empêche nullement d’aller jusqu’à prêcher que le fait de croire en la venue d’un prophète après Muhammad, y compris un prophète qui est revenu, serait contraire aux principes de l’Islam.
layène et qui cherchent à mieux la connaître. En milieu layène, les copies et reproductions de ces livres se comptent par centaines.
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Cette croyance constitue une barrière qu’ils érigent contre la mission de Seydina Limamou (psl). C’est leur argument pour détourner les gens qui veulent s’intéresser à cette mission. C’est également leur moyen pour tenter de discréditer la communauté layène et les dépeindre comme allant à l’encontre des enseignements du Coran et de la Sunna.
Il est très facile de comprendre que celui qui est convaincu qu’il ne viendra plus aucun prophète après Muhammad (psl) soit étonné d’entendre dire que Seydina Limamou se présente comme un envoyé de Dieu. Sa réaction pourra naturellement être celle d’un rejet, car sa conviction avait déjà exclu toute possibilité de la venue d’un prophète après Muhammad (psl).
C’est la raison pour laquelle les disciples de Seydina Limamou Lahi (psl) doivent apporter la lumière sur la fausseté de ces arguments, s’ils tiennent à ce que les gens comprennent véritablement le sens de sa mission, et puissent répondre à son appel. Il faut faire admettre à ceux-là qui portent cette croyance, que celle-ci n’a aucun fondement valable. C’est une croyance qui contredit même les enseignements de l’islam comme nous allons le démontrer. En effet, il est impossible d’admettre que le coran et la sunna qui nous annoncent la venue d’un prophète en l’occurrence Jésus puissent en même temps nous annoncer qu’aucun prophète ne viendra après Muhammad, car « si un texte peut dire beaucoup, il ne peut pas pour autant, dire tout et son contraire.11 » On ne peut pas leur attribuer une telle contradiction.
Parmi les théories scientifiques, il y a ce qu’on appelle la loi des contraires. Certains le surnomment théorie des opposés ou loi de la symétrie. Il existe sur plusieurs formes. La première est dénommée la loi de la chose et de l’anti-chose qui soutient que pour toute chose A, il existe une autre chose B, qui est son parfait contraire, l'antipode de A. Cette chose B ou anti-A est le parfait symétrique de A. Là où A n'existe pas, là forcément anti-A existe, et vice-versa. Et ne pas être A, c'est obligatoirement être anti-A, et vice-versa.
Retenons à partir de là que toute chose a son parfait contraire et que la chose et son contraire ne peuvent pas exister dans un seul et même contexte. La « non venue » d’un prophète est la parfaite symétrie de « la venue » d’un prophète. Celui qui croit à « la non
11 Cyrille Moreno, Analyse littérale des termes dîn et islâm dans le Coran : Dépassement spirituel du religieux et nouvelles perspectives exégétiques, Thèse, Université de Strasbourg, Ecole doctorale des Humanités, 2016, p. 48.
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venue » d’un prophète après Muhammad (psl) écarte par cette seule croyance la possibilité de « la venue » d’un prophète après Muhammad (psl) et vice-versa. Le coran et la sunna ne peuvent pas enseigner à la fois ces deux théories contraires ; nous annoncer « la non venue » d’un prophète après Muhammad et en même temps nous annoncer « la venue » d’un prophète après lui (psl).
La sémiotique, qui est une discipline des sciences du langage, nous enseigne que « la signification n’est possible que sur la base de différences.12 » En d’autres termes, ce qui rend possible l’entrée dans l’univers du sens c’est en premier lieu la perception de différence13. Si on n’arrive pas différencier nettement les choses, tout et n’importe quoi peuvent être semblés pareil à nos yeux. Alors que tout n’est pas pareil.
Toujours dans la sémiotique, il y a ce qu’on appelle le jeu des différences illustré à travers le carré sémiotique14 qui stipule par exemple qu’entre A et non-A existe une relation de contradiction. Non-A est la négation de A. Le choix est nécessaire entre l’un et l’autre terme. C’est ce qui est appelé la loi de l’alternative. Ibn al-Najjâr le démontre dans Charh al-kawkab al-munîr.15.
Nous retrouvons cette relation de contradiction sous une autre forme dans la grammaire française à travers la lexicologie, dans ce qu’on appelle les antonymes contradictoires, qui sont différents des antonymes contraires. En effet, les antonymes contradictoires sont en relation de disjonction exclusive. La négation de l’un des mots entraîne l’assertion de l’autre et vice-versa. Cela veut dire, en guise d’exemple, que « la non-venue » d’un prophète après Muhammad (psl) est en contradiction avec « la venue » d’un prophète après Muhammad (psl). L’islam ne peut soutenir que l’un des deux hypothèses. Il ne peut pas déclarer qu’aucun prophète ne viendra sur terre après Muhammad et en même temps déclarer qu’il y’aura un prophète qui viendra après celui-ci.
12 Groupes d’entrevernes, Analyses sémiotique des textes, Presses universitaires de Lyon, 1979, p. 129.
13 Idem.
14 Le carré sémiotique ou des oppositions est un diagramme qui se présente, selon Jacques Fontanille dans Sémiotique du discours, « comme la réunion des deux types d’oppositions binaires en un seul système, qui gère à la fois la présence simultanée de traits contraires, et la présence et l’absence de chacun de ces deux traits. »
15 Ibn al-Najjâr Cheikh Muhammad bun Ahmad bun ‘Abd al-‘Azîz bun ‘Alî, Charh al-kawkab al-munîr, Riyâd, Maktaba al-‘abîkân, 1993, Tome1, p. 69.
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Partant de cela, nous allons constater que le Coran n’a jamais affirmé « la non venue » d’un prophète après Muhammad. Il a au contraire annoncé « la venue » d’un prophète après ce dernier en affirmant :
وَإِنَّهُ لَعِلْ م لِ لسَّاعَةِ فَلَ تَمْتَرُنَّ بِهَ ا 16
« Il (Jésus) sera un signe au sujet de l'Heure. N'en doutez point. »
La confirmation de l’une des deux affirmations par le coran entraîne automatiquement l’exclusion de l’autre, car, deux opposés ne peuvent pas se réunir.17 La plupart des commentateurs du Coran soutiennent, à propos de ce verset, que la venue de Jésus se passera avant la fin des temps et qu’elle sera un signe majeur de l’approche de celle-ci. Ibn Kathîr dit à ce propos :
المراد بذلك نزوله قبل يوم القيامة ، كما قال تبارك وتعالى : ) وإن من أهل الكتاب إلا ليؤمنن به قبل موته ( أي :
قبل موت عيسى ، عليه الصلة والسلم ، ثم ) ويوم القيامة يكون عليهم شهيدا ( ، ويؤيد هذا المعنى القراءة الأخرى : "
وإنه لعلم للساعة " أي : أمارة ودليل على وقوع الساعة )...( 18 .
« Ce dont il est question dans ce verset c’est sa venue avant le jour du jugement dernier comme le Très-haut le dit encore lorsqu’il cite (Il n'y aura parmi les gens du Livre, qui l’auront cru avant sa mort19), c’est-à dire la mort de Jésus (psl), avant de rajouter (Et au Jour de la Résurrection, il sera témoin contre eux). Ce sens conforte celui qui stipule qu’il est un signe de l’Heure, cela signifie qu’il est un signe et une preuve par rapport à l’approche de l’Heure. »
Il est donc clair à travers ces deux versets que le coran annonce la venue de Jésus avant la fin des temps. Cependant, même si nous reconnaissons que la sunna ne peut être en contradiction avec le coran, nous pouvons tout de même vérifier s’il existe des hadiths qui ont annoncé « la non-venue » d’un prophète après Muhammad afin d’écarter le doute. Cependant, en s’y prenant également, nous allons très rapidement nous rendre compte que la sunna n’a jamais annoncée « la non-venue » d’un prophète après Muhammad. Elle affirme plutôt l’inverse, étant ainsi en phase avec le coran. En ce faisant également, elle rejette tout comme ce dernier la conviction de la « non-venue » d’un prophète après Muhammad (psl).
16 Sourate 43, verset 61.
17 Ibn Taymiyya, al-Radd ‘alâ al-mantiqiyyîn, Bayrût, Dâr al-fikr al-lubnanî, 1ère édition, 1993, p. 66.
ضدان لا يجتمعان .
18 Ibn Kathîr Abû al-Fadâ Ismâ’îl, Tafsîr al-qur’ân al-‘azîm, al-Qâhirah, al-Fârûq al-hadîtha, 1ère édition, 2000, p. 323.
19 Sourate 4, verset 159.
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En effet, à travers les hadiths du prophète, l’information sur la venue de Jésus est qualifiée de notoire, c’est-à dire qu’elle remplit les conditions qui font qu’en science du hadith on ne puisse plus nier la réalité de celle information. Ibn Kathir confirme cela lorsqu’il dit :
وقد تواترت الأحاديث عن رسول الله صلى الله عليه وسلم أنه أخب ر بنزول عيسى ] ابن مريم [ ، عليه السلم - -
قبل يوم القيام ة 20
« Les hadiths qui sont rapportés du messager de Dieu dans lesquels il informe de la venue d’Issa (ibn Maryam) sont notoires. »
Même si l’on peut constater beaucoup de réserves de la part de spécialistes sur l’authenticité de ces hadiths, la notoriété de cette information, liée notamment à la multiplicité des chaînes de transmission qui la rapportent, fait d’elle une information indéniable en science du hadith21. Nous pouvons citer parmi ces hadiths :
لَا تَقُومُ السَّاعَة حَتَّى يَنْزِلَ فِيكُمْ ابْنُ مَرْيَمَ )...( 22
« La fin du monde n’adviendra pas avant qu’Jésus fils de Marie ne soit venu parmi vous. »
Abû Hurayra et Muslim ont rapporté que le Prophète (psl) a dit :
كيف أنتم إذا نزل بن مريم فيكم و إمامكم منك م 23 .
« Comment est-ce que vous serez lorsque le fils de Marie vous viendra, accompagné de votre imam et en étant issus de vous. »
Au vu de tout cela, il nous est difficile de comprendre que depuis 14 siècles, des musulmans aient pu entretenir l’idée selon laquelle plus aucun prophète ne devrait venir après Muhammad (psl). La question qu’il convient de se poser dès lors est comment en sont-ils arrivés là ?
20 Idem.
21 Voir la partie intitulée Seydina Limamou Lahi al-Mahdi (psl) et les hadiths sur le Mahdi pour mieux comprendre le hadith notoire et son statut juridique.
22 Al-Kurdî ‘Abd al-Hamîd Râjih ‘Abd al-Hamîd, Sahîh al-‘Aqîda al-islâmiyya, ‘Umân, Dâr al-ma’mûn, 1ère édition, 2012, p. 187.
23 Nâsif Mansûr ‘Alî, al-Tâj al-jâmi’ li al-usûl fî ahâdîth al-rusûl, Bayrût, Dâr al-Kutub al-‘ilmiyya, 1971, Tome 5, p. 322.
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Comprendre le hadith lâ nabiyya ba’dî à travers l’appel de Seydina limamou Lahi (psl)
Ceux qui soutiennent qu’aucun prophète ne viendrait après Muhammad s’appuient sur une interprétation visiblement erronée du hadith dans lequel le prophète dit : lâ nabiyya ba’dî24, qui signifie : « il n’y a pas de prophète après moi. » En effet, ce hadith ne dit pas qu’aucun prophète ne viendrait après Muhammad (psl), car l’affirmation « il n’y a pas de prophète après moi » est bien différente de « aucun prophète ne viendra après moi ».
Malgré l’ambiguïté et la proximité qui existent entre ces deux affirmations, nous allons voir qu’il y’a un grand écart entre leurs différents sens. Ce n’est pas parce que les deux traductions sont proches qu’elles veulent pour autant dire la même chose. La sémiotique nous apprend que « ce qui rend possible l’entrée dans l’univers du sens c’est la perception de la différence, mais également le repérage d’écarts différentiels25. » L’individu doit faire l’effort de distinguer deux choses qui ne sont pas identiques, car un infime écart qui existe entre deux choses peut suffire pour les rendre totalement différentes.
Dans la proposition « il ne viendra aucun prophète après moi », nous remarquons la présence du verbe « venir » que le Prophète (psl) n’a aucunement employé dans cette proposition. Il n’a pas dit lâ ya’tî nabiyyun ba’dî qui signifie « aucun prophète ne viendra après mois ». Il a plutôt déclaré lâ nabiyya ba’dî qui veut dire « il n’y a pas de prophète après moi ». C’est une proposition nominale qu’il a ainsi employée en Arabe. Il n’y a visiblement jamais évoqué une supposée « venue » ou « non venue » d’un prophète.
Conscients qu’il pouvait y avoir une mauvaise compréhension de cette assertion, certains compagnons allaient jusqu’à interdire son évocation. L’imam al-Suyûtî mentionne ainsi qu’Aïcha, épouse du prophète, et al-Mughîrat ibn Chu'bat interdisaient d’affirmer qu’il n’y a pas de prophète après Muhammad26, alors qu’ils n’ignoraient pas que c’était bien une déclaration du prophète.
On rapporte qu’Aïcha disait :
24 Al-Suyûtî Jalâl al-Dîn, al-Durr al-Manthur fî al-tafsîr bi al-ma’thûr, al-Qâhirah, Markar hijr li al-buhûth wa al-dirâyât al-‘arabiyya wa al-islâmiyya, 1ère edition, 2004, Tome 12, p. 64.
25 Groupes d’entrevernes, op. cit, p. 129.
26 Al-Suyûtî, op. cit, p. 64.
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لا تَقُولُوا : لا نَبِيَّ بَعْد مُحَمَّ د ، وَقُولُوا : خَاتَمُ النَّبِي ينَ ، فَإِنَّهُ يَنْزِلُ عِيسَى ابْنُ مَرْيَمَ )...( 27 .
« Ne dîtes pas qu’il n’y a pas de prophète après Muhamed (psl). Dîtes (plutôt) qu’il est le dernier des prophètes, car il est certain qu’Issa ibn Mariam viendra. »
Al-Mughîra ibn Shu'ba répliqua à un homme dire : « qu’Allah prie sur Muhammad, le dernier des prophètes, celui après qui il n’y a plus de prophète. »
حسبك اذا قلت خاتم الأنبياء فأنا كنا نحدث ان عيسى عليه السلم خارج فان هو خرج فقد كان قبله وبعد ه 28.
« Contente-toi de dire qu’il est le dernier des prophètes (sans y rajouter qu’il n’y a pas de prophète après lui), car nous avions l’habitude d’évoquer l’apparition d’Issa (psl), et lorsque ce jour viendra, Issa aura été avant et après Muhammad. »
Il apparaît dans leurs propos qu’ils voulaient écarter l’idée selon laquelle aucun prophète n’allait plus venir, car cela ne serait pas en phase avec les enseignements du coran et de la sunna qui ont annoncé le retour de Jésus. Nous allons maintenant constater que le véritable sens de ce hadith a été donné par le prophète lui-même à travers une représentation imagée dans laquelle il apporte une clarification qui ne laisse place au moindre doute. Cette représentation existe dans plusieurs versions dont les suivants :
مثلي في النبيين كمثل رجل بنى داراً، فأحسنها وأكملها وأجملها وترك فيها موضع لبنة لم يضعها، فجعل الناس
يطوفون بالبنيان، ويعجبون منه ويقولون: لو تم موضع هذه اللبنة، فأن ا في النبيين موضع تلك اللبن ة 29.
« Mon image par rapport aux prophètes est semblable à l’image d’un homme qui a construit une maison, l’a embellie, achevée, et décorée en y laissant l’emplacement d’une brique qui n’a pas été posée. Les gens sont venus par la suite la contempler et l’admirer avant de dire : Cet espace devrait être complété. Je représente parmi les prophètes l’emplacement de cette brique. »
مثلي ومثل النبيين من قبلي كمثل رجل بنى دارا فأتمها إلا لبنة واحدة، فجئت أنا فأتممت تلك اللبن ة 30 .
« Mon image comparée à celle des prophètes qui m’ont précédé est semblable à l’image d’un homme qui a construit une maison et l’a achevée excepté l’emplacement d’une seule brique. Je suis venu compléter cette brique manquante. »
27 Al-Adhkâwî ‘Abdullah bun ‘Abdullah bun Salâmah, Mawsû’a al-asmâ wa al-a’lâm al-mubhama fî al-qurân al-Karîm, Riyâd, Maktaba al-‘ubaykân, 1ère édition, 2001, p. 119.
28 Al-Suyûtî,op. cit, p. 64.
29 Ibid, p. 63.
30 Ibn Kathî Abû al-Fadâ Ismâ’îl bun ‘Umar, Tafisîr al-qurân al-‘azîm, Bayrût, Dâr Ibn Hazm, 1ère édition, 2000, P. 1505.
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مَثَلِي وَمَثَلُ الْأَنْبِيَا ء مِنْ قَبْلِي كَمَثَ ل رَجُ ل ابْتَنَى بُيُوتًا فَأحَْسَنَهَا وَأَجْمَلَهَا وَأَكْمَلَهَ ا ، إِلَّا مَوْضِ ع لَبِنَ ة مِنْ زَاوِيَ ة مِ ن
زَوَايَاهَا ، فَجَعَلَ النَّاسُ يَطُوفُونَ وَيُعْجِبُهُمُ الْبُنْيَانُ فَيَقُولُونَ : أَلَّا وَضَعْتَ هَاهُنَ ا لَبِنَ ةً فَيَتِمَّ بُنْيَانُكَ فَقَالَ مُحَمَّد صَلَّى اللُّ عَلَيْهِ وَسَلَّ مَ
: فَكُنْتُ أَنَا اللَّبِنَ ةَ 31.
« Mon image, comparée à celle des autres prophètes qui m’ont précédé est semblable à l’image d’un homme qui a construit des maisons, les a embellies, achevées et décorées excepté32 l’emplacement d’une brique sur un des coins de la maison. Les gens sont venus par la suite la contempler et l’admirer avant de dire : cette brique ne devrait-elle pas être posée ici afin qu’elle complète ta construction ? Muhammad (psl) dit : Je suis cette brique-là.
مَثَلِي وَمَثَلُ الْأَنْبِيَاءِ ، كَمَثَلِ رَجُ ل بَنَى دَارًا فَأتََمَّهَا وَأَكْمَلَهَا إِلَّا مَوْضِعَ لَبِنَ ة ، فَجَعَلَ النَّاسُ يَدْخُلُونَهَا وَيَتَعَجَّبُونَ مِنْهَا ،
وَيَقُولُونَ : لَوْلَا مَوْضِعُ اللَّبِنَةِ قَالَ رَسُولُ اللَّّ صَلَّى اللَّّ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ : فَأنََا مَوْضِعُ اللَّبِنَةِ ، جِئْتُ فَخَتَمْتُ الْأَنْبِيَاءَ 33.
« Mon image, comparée à celle des autres prophètes qui m’ont précédé est semblable à l’image d’un homme qui a construit une maison et l’a achevée excepté l’emplacement d’une brique. Les gens sont venus y entrer pour admirer sa splendeur avant de dire : Si vraiment il n’y avait pas eu cet espace d’une brique. Le messager de Dieu dit : Je suis cet espace de la brique, je suis venu compléter les prophètes. »
مَثَلِي وَمَثَلُ الْأَنْبِيَاءِ ق بْلِي كَمَثَلِ رَجُ ل بَنَى بُنْيَا نًا فَأحَْسَنَهُ وَ أَجمَلَهُ، إِلَّا مَوْضِعَ لَبِنَ ة مِنْ زَاوِيَ ة من زواياه فَجَعَلَ النَّاسُ
يَطُوفُونَ بِهِ، وَ ي تَع ج بُونَ لَهُ, وَيَقُولُونَ: هَلَّ وُضِ عَتْ هَذِهِ اللَّبِنَةُ؟ قَالَ: فَأنََا اللَّبِنَةُ. وَأَنَا خَاتِمُ النَّبِي ي ن 34 .
« Mon image, comparée à celle des autres prophètes qui m’ont précédé est semblable à l’image d’un homme qui a construit une maison, l’a embellie et décorée excepté l’emplacement d’une brique sur un des coins de la maison. Les gens sont venus par la suite la contempler et l’admirer avant de dire : cette brique ne devrait-elle pas être posée ? Je suis cette brique-là et je suis le dernier des prophètes. »
Si nous observons cette illustration, nous allons nous rendre compte que le but de son message n’est pas d’annoncer la venue ou la non-venue d’un prophète après lui, mais plutôt de révéler la clôture du nombre de prophètes qui doit descendre sur terre. Le mot « excepté » est un des mots clés de cette représentation du prophète (psl). Il permet de percevoir qu’il manquait en effet une brique sur une place d’un coin de la maison. Cette exception permet de mettre l’accent sur ce manque. Elle indique que si la brique manquante est posée à sa place, le
31 Idem.
32 Il faut retenir cette exception sinon il sera impossible de comprendre l’illustration de ce hadith.
33 Al-Naysâbûrî Abû al-Husayn Muslim bun al-Hjjâj, Sahîh Muslim, Bayrût, Dâr al-kutub al-‘ilmiyya, 1971, Tome 4, p. 25.
34 Idem.
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nombre de briques qui doit servir à parachever la construction de la maison sera atteint. Par conséquent, il ne peut plus y avoir d’emplacement pour une brique supplémentaire. Il parle de ce fait du complet et du non complet et non pas de venue et de non venue.
A travers cette image, Muhammad (psl) se représente par rapport aux autres prophètes qui l’ont précédé, par cette brique qui vient compléter le nombre de briques nécessaires à l’achèvement de la construction. Il représente ainsi chaque prophète par une brique. L’apparition de l’ensemble des prophètes doit représenter l’aboutissement de la construction de la maison. Ainsi, chaque apparition d’un parmi eux est représentée par la pose d’une brique supplémentaire dans la construction. Il apparaît de ce fait que ce qu’il a voulu faire comprendre ce n’est rien d’autre que sa venue rend complet le nombre de prophètes devant descendre sur terre, tout comme cette brique rend complet le nombre de briques qui doit servir à l’achèvement de l’édifice. Ainsi il ne devrait plus y avoir un nouveau prophète après lui, car il est le dernier à être envoyé, les autres l’ayant déjà précédé. Ibn Hajar reconnaît cela lorsqu’il dit :
نعم ظاه ر السياق أن تكون اللبنة في مكان يظه ر عدم الكمال في الدا ر بفقدها، وقد وقع في رواية همام عند مسلم:
)إلا موضع لبنة في زاوية من زواياها( فظه ر أن المراد أنها مكملة محسنة وإلا لاستلزم أن يكون الأم ر بدونها كان ناقصا،
وليس كذلك فإن شريعة كل نبي بالنسبة إليه كاملة، فالمراد هن ا النظ ر إلى الأكمل بالنسبة إلى الشريعة المحمدية، مع م ا
مضى من الشرائع الكاملة 35 .
« Effectivement, ce qui apparaît, c’est que la brique doit être posée sur cette place sinon la maison demeurera inachevée. C’est ce qui ressort notamment de la version de Himâm rapportée par Muslim dans lequel il est dit : (excepté l’emplacement d’une brique sur un des coins). Il apparaît donc que l’objectif est que cette brique vienne compléter et embellir la maison à défaut de quoi elle restera incomplète. Cependant, il ne faut pas le comprendre ainsi, car la législation de chaque prophète est complète par rapport à ce prophète. Le but est donc de faire apparaître que la législation de Muhammad est la plus complète comparée à celles des autres prophètes. »
Le commentaire rajouté par Ibn Hajar aurait pu avoir du sens si le but de cette représentation était de comparer la législation des prophètes à celle du prophète. Or, ce dont il est question dans l’image de la maison inachevée, c’est de représenter qu’il est le dernier des arrivés, et que tant que sa venue ne s’était pas réalisée, la venue des prophètes resterait inachevée. Il a été précédé par tous les autres. Il n’a aucunement été question de législation
35 Ibn Hajar Ahmad bun ‘Alî, Fath al-bârî bi charh sahîh al-imâm Abî ‘Abdullâh Muhammad bun Ismâ’îl al-Bukhârî, al-Maktaba al-salafiyya, Tome 6, p. 559.
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dans cette image. En plus, le but de cette représentation était de rendre compréhensible son message pour y écarter toute ambiguïté, et non pas d’en cacher quelque chose, raison pour laquelle nous devons nous en tenir à ce qui y apparaît clairement et qui n’a besoin d’aucune interprétation. C’est ce qui est confirmé par Idrîs Muhammad Idrîs lorsqu’il commente ces hadiths en disant :
إذا نظرنا في الاحاديث السابقة نجد انها تتناول قضية الختم من طريق التمثيل و التشبيه الذي هو أقرب الاساليب
الى الفهم حيث شبه النبي صلى الله عليه وسلم النبوة ببيت لبناته هم انبياء الله عز و جل الذين اختارهم قبل نبينا عليه أفضل
الصلة و السلم و ان البيت قد بني و جمل و كمل و لم يبق فيها الا موضع لبنة واحدة و لا يزال البيت بدونها ناقصا فجاء
رسول الله صلى الله عليه وسلم فكمل ذلك البناء و سد ذلك المكان و لم يبق ثمة موضع آخر للبنة أخرى تجيء بعد )... ( 36.
« Lorsque nous regardons ces hadiths, nous trouvons qu’ils traitent de la question du parachèvement à travers la comparaison ou représentation qui est la meilleure méthode pour faciliter la compréhension. Le prophète (psl) y compare la prophétie à une maison dont les briques sont les messagers de Dieu qui ont été choisis pour venir avant lui. Cette comparaison montre que la maison est construite, décorée et achevée et qu’il n’y reste plus que l’emplacement d’une seule brique. La maison est restée inachevée jusqu’à ce que le messager de Dieu (psl) soit venu compléter la construction et combler l’espace, faisant ainsi qu’il ne restait plus aucune place supplémentaire où une autre brique pourrait être posée. »
L’exemple que nous donnons pour mieux faire percevoir la différence qui existe entre « il n’y a pas de prophète après Muhammad (psl) » et « il ne viendra plus aucun prophète après Muhammad (psl) » est celui de la personne à qui on refuse l’accès à une salle sous prétexte que l’effectif est déjà atteint alors qu’elle est inclue dans cet effectif. En effet, si après la venue du dernier des invités dans cette salle, plus personne ne doit plus pouvoir y accéder au risque de dépasser l’effectif, rien ne peut justifier qu’il soit empêché aux invités pris en compte dans le calcul de cet effectif de pouvoir reprendre leur place lorsqu’ils reviennent d’une absence momentanée. De la même manière, l’annonce de la venue de Jésus n’est pas en contradiction avec le fait que Muhammad soit le dernier des prophètes qui sont apparus, car, Jésus était déjà apparu avant lui, sa venue n’est qu’un retour. Elle ne signifie pas l’apparition d’un nouveau prophète. C’est comme cela que l’entend al-Zurqânî lorsqu’il dit :
36 Idrîs Abû ‘Abdullah Idrîs Muhammad, Mazâhir al-onhirâfât al-uqadiyya ‘inda al-sûfiyya wa atharuhâ al-sayyi’ ‘alâ al-umma al-islâmiyya, al-Riyâd, Maktaba al-ruchd, 2005, Tome1, p. 607.

  • L’avènement du Mahdi nous est parvenu par des informations attribuées au prophète (psl). L’importance de ces informations a amené à ce qu’une grande majorité des musulmans croit aujourd’hui en sa venue, même si au sein de celle-ci il existe des divergences sur leurs interprétations. Il faut noter également qu’il existe un grand nombre de musulmans qui nient l’existence du Mahdi, s’appuyant sur le fait que les informations qui nous sont rapportées à son sujet ne sont pas fiables.
    Lorsque nous, disciples de Seydina Limamou Lahi (psl), faisons référence à certaines de ces informations, les négateurs de sa mission nous reprochent de ne prendre que celles qui nous arrangent et qui confortent notre croyance. Il faut noter que cela a toujours constitué un argument notamment à l’endroit des chiites lorsqu’ils parlent du Mahdi. Ainsi, Ibn Taymiyya avait reproché à Ibn al-Mutahhar :
    لا تحتجون باحاديث اهل السنة )...( 1 .
    « Vous ne citez pas les hadiths des sunnites dans vos argumentations (…). »
    Face à ce constat, il ne doit pas surprendre que lorsque nous nous référons notamment à des hadiths dits « des sunnites » qu’on nous reproche de n’utiliser que certains parmi eux plutôt que d’autres. Il convient de préciser que nous puisons les informations des mêmes sources que ceux-là même qui nous font ce reproche. Nous pourrions par conséquent tout à fait utiliser ce même argument contre eux lorsqu’ils s’attaquent à la mission de Seydina Limamou Lahi (psl) en s’appuyant sur certaines de ces informations.
    Cependant, cela ne serait d’aucune utilité pour les musulmans, de même qu’il ne permettrait aucune avancée sur le plan scientifique, d’autant plus que nous n’utilisons pas ces informations pour prouver la véracité de la mission de Seydina Limamou Lahi (psl), car il appartient à Dieu de fournir les preuves qui témoignent de la véracité des propos de tous ceux qui, sur son ordre, nous viennent comme Ses messagers (pse).
    En effet, Il lui a fourni des preuves identiques à celles qu’Il avait attribué aux prophètes Sâlih, Ibrahîm, Mûsa, Dawûd, Sulaymân, ‘Îsa, Muhammad et tous les autres
    1 Ibn Taymiyyah, Ahmad ibn ‘Abd al-Halîm, Minhâj ahl al-sunna al nabawiyya fî naqd kalâm al-chî’at wal al-qadariyya, Misr, 1ère édition, al-tab’a al-kubrâ, tome 2, p. 132-133.
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    prophètes (pse) face à leur peuple. Il lui a en effet donné l’autorisation de reculer la mer et de lui fixer une limite qu’elle ne franchirait jamais. L’érection de son mausolée en face de la mer à Yoff de 1909 à nos jours constitue son défi face au monde entier sur le fait que celle-ci respecterait pour toujours la frontière qu’il lui avait tracée.
    Face à ce défi indéniable, les négateurs se sont retrouvés à devoir faire face à une épreuve de taille, qui consiste à vouloir nier ce fait avéré que le monde entier peut constater. Nier une chose que Dieu a attestée par un fait probant se révèle être pour eux une mission qui s’annonce dès le début très compliquée pour ne pas dire impossible. Fort de ce constat, ils ne renoncent pas malgré tout, mais décident plutôt de faire appel à des informations qui sont en contradiction avec la mission de Seydina Limamou Lahi (psl).
    Cette démarche révèle qu’il pourrait être possible d’opposer une information à une réalité attestée par un fait avéré, et que leur refus de répondre à l’appel de Seydina Limamou Lahi (psl) pourrait être conforté par l’existence d’informations qui sont contradictoires avec sa mission. C’est la raison qui nous amène à vouloir étudier ces informations dont il est question ainsi que leurs valeurs scientifiques face à ces preuves réalisables uniquement par la puissance de Dieu.
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    Les hadiths du prophète (psl)
    Les hadiths sont avant tout des informations (akhbâr) attribuées au prophète (psl). Une information est une parole rapportée qui peut se révéler comme étant vraie ou fausse. C’est la raison pour laquelle, il est indispensable d’avoir des critères sur lesquels on se base pour évaluer la valeur de ces informations attribuées au prophète (psl). Ainsi, les hadiths ont été divisés en deux2 :
    A- Un type de hadith considéré comme ayant une notoriété appelé hadîth mutawâtir ou hadith notoire,
    B- Un second type de hadith considéré comme n’ayant pas de notoriété appelé hadîth-l-âhâd ou hadith singulier.
    Le hadîth mutawâtir ou hadith notoire :
    C’est celui qui a été rapporté par un grand nombre3 de transmetteurs qui sont chacun dignes de confiance du début de la chaîne de transmission jusqu’à la fin de celle- ci4. D’autres comme al-Khatîb al-Baghdâdî et al-Jurjânî sont encore plus précis et citent comme condition l’impossibilité5 pour les transmetteurs de pouvoir s’accorder sur la création d’un mensonge6. Ibn Hajar rajoute aussi comme conditions que la transmission soit faîte entre les transmetteurs d’une manière sensorielle (comme j’ai entendu ou j’ai vu) et que la connaissance qui en soit tirée fasse l’unanimité et ne se base pas sur les points de vues de chacun7. Il en existe deux sortes8 :
    2 Les spécialistes en sciences du hadith se focalisent plus sur la notoriété d’une information plutôt que sur celle du hadith. Ce sont les spécialistes de Jurisprudence islamique qui font cette distinction. Toutefois, les conditions à remplir pour avoir la notoriété sont les mêmes autant pour le hadith que pour l’information.
    3 Ce nombre varie selon les avis. Si certains fixent le seuil de quatre narrateurs d’autres relèvent la barre plus haut et vont jusqu’à soixante-dix voire plus. L’imam al-Suyûtî a fixé le seuil de dix narrateurs. D’autres comme Ibn Hajar considèrent qu’il n’est pas important de fixer un nombre précis. Toutefois, il est d’avis que le nombre de narrateurs reste stable à chaque niveau de la chaîne de transmission à défaut de s’accroître au fur et à mesure qu’on s’éloigne des compagnons qui ont recueilli le hadith.
    4 Al-Katâni, Abû ‘abdullah Muhammad bun Ja’far, Nudhum al-mutanâthir min al-hadiîh al-mutawâtir, Misr, Dâr al-kutub al-salafiyya li al-tibâ’a wa al-nachr, 2e édition, p. 9-10. Cet avis est celui des savants tels qu’Ibn Salâh ou l’imam Nawawî.
    5 Ce critère fait allusion notamment à la distance qui les sépare, à l’absence d’un intérêt commun à créer un mensonge et d’une quelconque pression qui l’encouragerait etc.
    6 Al-Baghdâdî, Abu Bakr Ahmad bun ‘Alî bun Thâbit, al-Kifâya fî ‘ilm al-riwâya, p. 16.
    7 Ibn Hajar, Ahmad bun ‘Alî bun Muhammad, Nuzhat al-nazar fî tawdîh nukhbat al-fikar fî mustalah ahl al-athar, Tahqîq wa ta’lîq Dr ‘Abdullah bun Dayfullah al-Rahîlî, Riyâd, Dirâsât fi al-manhaj, 1ère édition, 2001, p. 39.
    8 Subhî Sâlih, ‘Ulûm al-hadîth wa mustalahuhû, Bayrût, Dâr al-‘ilm li al-malâyîn, 15e édition, 1984, p. 148.
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    1- Le hadîth mutawâtir lafzan : C’est le hadith notoire qui est rapporté dans les mêmes termes.
    2- Le hadîth mutawâtir ma’nan : C’est le hadith notoire qui est rapporté avec des différences dans les termes employés, le sens restant le même.
    Le hadîth mutawâtir lafzan ou hadith notoire par ses termes (notoire textuellement) :
    C’est un type de hadith difficile à trouver au point que certains penseurs comme Ibn Hibbân soutiennent qu’il n’en existe aucun9. Dr Sâlih Subhî soutient que c’est l’avis de la majorité10. Ibn Salâh quant à lui se contente de souligner leur extrême rareté11. D’autres comme l’imam al-Suyûtî soutiennent qu’il en existe et se sont aventurés à vouloir en compiler12. Toutefois, ils ont tous essuyé des critiques sur le manque de conformité des hadiths qu’ils ont cités par rapport à l’ensemble des critères du hadith notoire textuellement13. Il est important de souligner qu’il n’existe aucun hadith de ce genre sur la venue du Mahdi.
    Le hadîth mutawâtir ma’nan ou hadith notoire par le sens :
    C’est un type de hadith moins difficile à trouver même s’il reste également très rare. Des livres lui sont consacrés notamment celui de Muhammad bun Ja’far al-Katânî14. Il convient de préciser que ses critères à lui sont moins importants que ceux qu’on a cités. Il considère également comme haditîh mutawâtir ma’nan celui qui est d’une source fiable et d’une base solide15. Il ne prend en compte le nombre de rapporteurs qu’au niveau des compagnons16 sans se soucier des autres niveaux de la chaîne de transmission. Il ne fait pas non plus, dans son décompte, la différence entre la notoriété d’un hadith et celle d’une
    9 Abû Rayyah Mahmûd, Adwâ’ ‘alâ al-sunna al muhammadiyya, Caire, Dâr al-ma’ârif, 6e édition, p. 252.
    10 Subhî, p. 148.
    11 Al-Katanî, p. 10. Il dit : « Ils sont très rares voire inexistants. Celui à qui on confie le soin d’en apporter un souffrira dans sa quête. » . عزيز جدا، بل يكاد لا يوجد. و من سئل عن إبراز مثال لذلك أعياه تطلبه
    12 Son ouvrage s’intitule al-fawâ’id al-mutakâthira fî al-akhbâr al-mutawâtira qu’il résuma dans un autre intitulé al-azhâr al-mutanâthira fî al-akhbâr al-mutawâtira.
    13 Subhî, p. 150.
    14 Nuzum al-mutanâthir min al-hadîth al-mutawâtir. L’ouvrage de l’imam al-Suyûtî dont le but était de regrouper des hadiths notoires textuellement est, selon l’avis de ses critiques, un recueil de hadiths notoires par le sens, face au constat de la différence des termes employés par les rapporteurs.
    15 Al-Katânî, p. 21.
    16 Idem.
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    information17. Ce manque de précision n’est pas sans conséquence sur la valeur de ces hadiths. Cependant, même avec ces assouplissements, il n’en a dénombré que trois cent dix18. Aucun des hadiths sur le Mahdi ne fait partie de ce type de hadiths notoires par le sens. Ceux qui ont compilé ce type de hadiths dans leurs livres n’en ont rapporté le moindre.
    Le hadîth-l-âhâd ou hadith singulier :
    Par opposition au hadîth mutawâtir, le hadîth-l-âhâd est celui qui ne remplit pas les conditions du hadîth mutawâtir19 ; même s’il est célèbre et rapporté par un grand nombre de narrateurs à un niveau de la chaîne de transmission sans l’être aux autres niveaux il reste un hadith singulier. Les hadiths sur le Mahdi sont tous sans exception des hadiths singuliers20.
    Ce type de hadith singulier, comme tous les autres, comporte chacune des informations. Si une parmi elles est rapportée dans plusieurs hadiths21 à travers le même terme, celle-ci devient une information considérée comme notoire et sera dénommée information notoire par la lettre ou khabar mutawâtir lafzan. Par contre, si l’information revient dans plusieurs hadiths en ne reprenant pas le même terme, celle-ci sera considérée comme information notoire par le sens ou khabar mutawâtir ma’nan.
    L’information sur la venue du Mahdi est considérée comme une information notoire par le sens. C’est en effet la somme de tous les hadiths qui parlent explicitement du Mahdi ou y font référence en employant notamment différents termes comme « un homme », « imam » entre autres, qui permet à l’information sur la venue de celui-ci de se hisser au niveau de khabar mutawâtir ma’nan ou information notoire par le sens.
    La valeur22 de l’information notoire, comme celle du hadith notoire, est, selon l’avis de certains spécialistes du hadith, qu’on peut être catégorique sur le fait qu’elle soit une information réelle23, provenant du prophète, et qu’il n’y aurait même pas besoin de vérifier la
    17 Idem. Lorsqu’il parle d’un hadith notoire, il cite le hadith en question, et lorsqu’il parle d’une information notoire il ne cite pas un hadith, mais parle du nombre de hadiths qui abordent le sujet. J’ai ainsi compté 126 informations parmi ces 313 hadiths notoires.
    18 Ibid, p. 342.
    19 Al-Baghdâdî, p. 16. Ibn Hajar, p. 55.
    20 Comme celui qui affirme : « « Le Mahdî fait partie de moi. Il a le front haut et le nez aquilin. Il remplira la terre d'équité et de justice comme elle aura été remplie d'injustice et de tyrannie. »
    المهدي مني، أجلى الجبهة، أقنى الأنف، يملأ الأرض قسطًا وعدلًا كما ملئت جورًا، يملك سبع سنين
    21 Il faudra toujours respecter le critère à tous les niveaux d’un nombre important de personnes l’ayant rapporté.
    22 Ce mot est employé pour désigner le statut juridique.
    23 Abû Rayyah, p. 251.
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    fiabilité de leurs chaînes de transmission, à condition que tous les critères soient réunis24. Al-Baghdâdî rapporte à ce propos :
    متى تواتر الخبر عن قوم هذه سبيلهم قطع على صدقه، و واجب وقوع العلم ضرورة 25 .
    « Lorsqu’une information devient notoire dans les conditions citées, on pourra formellement confirmer sa véracité. Une connaissance certaine devra en être nécessairement tirée. »
    D’autres savants contestent cet avis et soutiennent que l’information notoire doit être vérifiée quelle que soit l’importance du nombre de ses narrateurs, puisqu’elle est rapportée par différents hadiths singuliers26, or, tout hadith singulier doit être étudié pour vérifier notamment la fiabilité de ses narrateurs. Abdullah ibn Zayd ibn Mahmûd dit à ce propos que la quantité ne doit pas exclure de vérifier la manière par laquelle ce type d’information aurait pu être divulguée.
    الكمية لا تغني من الكيفية شيئ ا 27 .
    Ce second avis s’appuie notamment sur le fait qu’il existerait des milliers d’informations qui ont été créées et attribuées au prophète (psl) sur différents sujets28. Le dénommé al-‘Awjâ aurait confessé, avant son exécution, avoir forgé quatre mille29. Muhammad Abû Rayyah dit à ce propos dans son livre :
    لقد بلغ ما روي من الأحاديث الموضوعة عشرات الألوف، لا يزال أكثرها منبثين بين تضاعيف الكتب المنتشرة
    بين المسلمين في مشارق الأرض و مغاربها 30 .
    « Le nombre de hadiths forgés s’évalue à des dizaines de milliers, et la majorité se retrouvent dans les livres des musulmans partout dans le monde. »
    D’innombrables hadiths sur le Mahdi figurent parmi ces inventions comme le confirment le docteur al-Bastawî31 et cela semble faire l’unanimité auprès des spécialistes. Le
    24 Ibn Hajar, p. 41.
    25 Al-Baghdâdî, p. 16-17.
    26 Abû Rayyah, p. 251.
    27 Al-Mahmûd, ‘Abdullah bun Zayd, Majmû’at rasâ’il al-chaykh ‘Abdullah bun Zayd al-Mahmûd : lâ mahdiya yuntazar ba’d al-rasûl Muhammad khayr al-bachar, Dûhah, 2e édition, 2015, Tome 1, p. 4.
    28 Al-Baghdâdî , p. 431.
    29 Abû Rayyah, p. 94. Parmi ces hadiths inventés il y’en avait que le prophète n’a jamais dit, ce dont le texte n’a pas été inventé mais auquel la chaîne de transmission non fiable a été remplacée par une chaîne de transmission fiable, ce dont les chaînes de transmission ont été bouleversés ou rallongées, ce dont les rapporteurs mentent en prétendant les avoir recueillis de bouche à oreille, ou en prétendant avoir rencontré des personnes qu’ils n’ont jamais rencontrées, ou encore qui étaient attribués au prophète (psl) alors qu’il s’agissait des sagesses arabes ou de propos de compagnons entre autres.
    30 Abû Rayyah, p. 90.
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    point de convergence de ces deux avis opposés est que chacun, des deux côtés qui les émettent, souhaite, au-delà de l’information sur la venue du Mahdi, étudier les hadiths qui le concernent, afin de mieux les connaître et avoir plus d’informations sur cet individu ainsi que son apparition. Les sciences qui permettent de mener ces études et ces vérifications sont dénommées les sciences du hadith32. Elles visent à étudier la chaîne de transmission des hadiths ainsi que leur énoncé.
    La particularité des hadiths singuliers est qu’ils font l’unanimité sur le fait qu’ils ne peuvent en aucun cas être reconnus d’une manière formelle et catégorique comme étant des vérités absolues ou comme étant des propos qui ont été tenus par le prophète. C’est la raison pour laquelle, un hadith singulier ne peut pas constituer le fondement d’un dogme ni d’une conviction chez les spécialistes du hadith33, contrairement au hadîth notoire. L’importance accordée à la doctrine est telle qu’il est exclu qu’elle puisse se fonder sur une information n’ayant pas de caractère notoire.
    Al-Khatîb al-Baghdâdî rapporte à ce propos :
    لم يقطع به و إن روته جماعة 34.
    « Il ne faut pas en être catégorique, même s’il est rapporté par un groupe. »
    Abû Rayyah rapporte à ce sujet l’avis de plusieurs savants qui reconnaissent que :
    إنه يعمل بها و لا يشهد أن النبي قاله ا 35 .
    « On peut les appliquer sans attester qu’ils sont des propos du prophète (psl). »
    L’imam Al-Râzî affirme que :
    روية الواحد إنما يفيد الظ ن 36 .
    « Le récit singulier ne bénéficie qu’au doute », en d’autres termes il renforce le doute.
    31 Al-Bastawî Abdul ‘Alîm ‘Abdul’Azîm, Al-Mahdiy al-muntazar fî daw’i al-ahâdîth wa al-âthâr al-sahîha wa aqwâl al-‘ulamâ’ wa ârâ’ al-firaq al-mukhtalifa, Bayrût, Dâr ibn Hazm, 1ère édition, 1999, p. 9-10.
    32 Elles regroupent plus d’une centaine de branches. Ibn Salâh en avait dénombré de son temps soixante-cinq. Des dizaines de branches ont été rajoutés par la suite.
    33 Al-Baghdâdî, p. 432.
    34 Al-Baghdâdî, p. 16-17.
    35 Ibn Salâh, p. 149.
    36 Abû Rayyah, p. 250
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    Plus qu’un simple doute, Ibn Hajar soutient qu’un érudit des sciences du hadith37 pourrait tout de même en tirer une connaissance relative qui devrait reposer sur des indices qu’il évalue à trois38.
    و قد يقع فيها ما يفيد العلم النظري بالقرائن )...( 39 .
    Imam al-‘Irâqî affirme dans son Alifyah :
    و بالصحيح و الضعيف قصدوا في ظاهر لا القطع و المعتم د 40
    Par authentique et faible ils veulent dire d’apparence et non dans l’absolu ou d’une manière certaine
    Face à ces avis, on ne peut s’empêcher de se demander si ceux qui affirment de manière catégorique que le Mahdi attendu dans l’Islam correspondra à tel ou tel hadith connaissent bien le statut juridique du hadith singulier ou hadith-l-âhâd ?
    A la naissance de la discipline des sciences du hadith, les hadiths singuliers étaient divisés en deux catégories41 : les hadiths authentiques et les hadiths non authentiques. L’authenticité d’un hadith repose sur cinq critères ou conditions :
    - Une continuité dans la chaîne de transmission (ittisâl al-sanad) sans aucune rupture,
    - L’intégrité morale de tous les transmetteurs de la chaîne de transmission,
    - Une capacité de mémorisation irréprochable de tous les transmetteurs,
    - L’énoncé doit être dépourvu de tout caractère de marginalité,
    - Le hadith doit être dépourvu de défaut autant au niveau de l’énoncé qu’à celui de la chaîne de transmission42.
    37 Ibn Hajar, p. 63.
    38 L’indice plus important pour lui est que l’information émane de Bukhârî et Muslim ou un des deux. Le second indice est qu’elle provienne de différentes chaînes de transmission. Le dernier est qu’elle soit rapportée par les grands imams. Selon lui, « si c’est trois indices se réunissent sur un hadith, on ne sera alors pas loin de pouvoir attester catégoriquement que l’information est vraie, Dieu en sait plus que nous. » On retrouve le résumé de ce classement à la page 64 de son livre cité.
    39 Ibn Hajar, p. 58.
    40 Al-‘Irâqî Muhammad bun al-Husay, Charh alfiyat al-‘Irâqî, Bayrût, Dâr al-kutub al-‘ilmiyya, p. 15. L’auteur apporte comme commentaire sur ce vers : « Lorsque les spécialistes du hadith disent : « ceci est un hadith authentique », ils sous-entendent : « à ce qu’il nous paraît », se basant ainsi sur ce qui leur est visible dans cette chaîne de transmission. Ils ne prétendent donc pas que le hadith en question est formellement authentique, parce qu’ils tiennent compte du fait qu’ils peuvent se tromper ou oublier un élément dans les appréciations qu’ils portent sur les narrateurs de la chaîne de transmission.
    41 Subhî, p. 141.
    9
    Les hadiths qui remplissent ces cinq conditions ne sont pas nombreux par rapport au nombre inestimable de hadiths qui circulent de toute part43. Au vu de cela et étant donné que les degrés d’incorrection des hadiths non authentiques ne sont pas à chaque fois pareils, cette division en deux catégories a été revue à la hausse pour la faire évoluer à trois catégories44 : les hadiths authentiques, les hadiths non authentiques recevables, les hadiths non authentiques irrecevables45. De nos jours cette classification a encore évolué à cinq catégories que sont :
    1- Le hadith authentique remplissant les cinq conditions. C’est le sahîh li-dhâtihî,
    2- Le hadith non authentique dénommé « hadith authentique par autrui » ; C’est un hadith qui ne réunit pas les cinq conditions, qui a un bon niveau de recevabilité et qui peut être renforcé par l’existence d’autres hadiths qui lui sont assez semblables. C’est le sahîh li-ghayrihî.
    3- Le hadith non authentique qui a un bon niveau de recevabilité et qui ne peut pas être renforcé par d’autres hadiths. C’est le hadith hasan li-dhâtihi.
    4- Le hadith non authentique dont l’imperfection n’a pas atteint le degré d’irrecevabilité par l’absence, par exemple, d’un ou de plusieurs menteurs ou pervers dans la chaîne de transmission. C’est le hasan li-ghayrihî ou da’îf munjabir.
    5- Le hadith non authentique et irrecevable par l’existence, par exemple, dans la chaîne de transmission, d’un ou de plusieurs menteurs ou pervers.
    Les quatre premières catégories regroupent les hadiths dits recevables, et la dernière catégorie ceux qui sont considérés comme irrecevables. Les catégories situées entre la première et la dernière sont considérées comme de bons hadiths ou ahâdîth jiyâd. L’avis des savants de la discipline des sciences du hadith est qu’il est obligatoire de les accepter et de les appliquer46 par rapport au degré de leur recevabilité au détriment de ceux qui sont irrecevables. Cela n’occulte en rien le fait que nul ne peut affirmer d’une manière catégorique qu’ils sont des propos tenus par le prophète (psl), car ils demeurent, malgré tout, des hadiths singuliers.
    42 Les trois premières conditions concernent la chaîne de transmission, la quatrième concerne l’énoncé qui ne doit pas être contradictoire avec celui d’un hadith plus fiable. La cinquième concerne plus particulièrement l’énoncé mais prend en compte également la chaîne de transmission.
    43 Dans le Muqaddima d’Ibn Salâh, on attribue à Bukhârî d’avoir déclaré détenir trois cent mille hadiths. D’autres auteurs rapportent qu’il a sélectionné les plus de sept mille hadiths de son sahîh parmi six cent mille qu’il détenait.
    44 C’est l’imam al-Tirmîdhî qui a en premier introduit la notion de hadîth hasan.
    45 Subhî, p.141-142. Al-Baghdâdî, p. 17-18. A la page 57 de son livre que nous avons cité, Ibn Hajar distingue par ceux dont il existe un fort doute sur sa véracité (ils remplissent les cinq conditions), ceux dont il existe un fort doute sur leur fausseté ceux qui sont situés entre les deux.
    46 Al-Baghdâdî, p. 432.
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    Il est important de souligner également qu’aucun des hadiths sur le Mahdi n’occupe le degré de recevabilité le plus élevé. En d’autres termes aucun parmi eux ne réunit les cinq conditions. Ibn Khaldûn est l’un des premiers à avoir appliqué la science de l’improbation et de l’appréciation47 pour étudier l’authenticité des hadiths sur le Mahdi. Sa remarquable illustration a fait apparaître pour la première fois les manquements qui existent dans les différentes chaînes de transmission de ces hadiths. Son étude a suscité beaucoup de réactions et ses critiques lui reprochent de ne pas être un spécialiste des sciences du hadith. Le mieux aurait été de faire la même chose que lui et de démontrer qu’il existe un hadith sur le Mahdi dans lequel il n’y a pas problème dans la chaîne de transmission, et ne présente aucune marginalité ni aucun défaut sur l’énoncé.
    Pour l’avoir lu, nous nous demandons comment est-ce qu’on peut lui tenir ce procès sachant qu’il a même écrit sur ces sciences48. On pourrait à la rigueur lui reprocher d’être moins spécialiste dans ce domaine que quelques autres auteurs, ou bien même d’être moins spécialiste dans ce domaine que dans d’autres dans lesquels il est plus connu. Toutefois cela n’occulterait en rien ses connaissances en sciences du hadith. Ceux qui lui reprochent de ne pas avoir pratiqué la conciliation49 entre les hadiths sur le Mahdi afin de prendre de la hauteur par rapport aux contradictions qui en existent n’ignorent pas que celle-ci n’est pas praticable sur toutes les sortes de contradictions50. En plus de cela, le but de son étude était d’étudier les chaînes de transmission. Or, la science de l’improbation et de l’appréciation qu’il a appliquée est ce qui permet d’y parvenir. La conciliation ne permet pas d’étudier les chaînes de transmission, mais elle concerne plutôt l’énoncé des hadiths. Le fait qu’Ibn Kathîr soit un historien reconnu n’occulte en rien qu’il puisse être le spécialiste du hadith qu’il est.
    Cheikh Muhammad bun Darwîch connu sous le nom d’al-Hût qui est un spécialiste reconnu des sciences du hadith a dit à ce propos :
    47 ‘Ilm al-jarh wa al-ta’dîl : Elle permet de distinguer les transmetteurs qui sont fiables et ceux qui ne le sont pas. Elle permet en même temps d’évaluer leur degré de fiabilité par rapport aux témoignages qui ont été réunis sur eux. Il n’est pas rare de rencontrer des transmetteurs que nul ne connaît notamment sur les hadiths sur le Mahdi. Les critères sont basés essentiellement sur des critères moraux souvent très relatifs et non pas scientifiques. Cela explique en grande partie la difficulté et l’imprécision de cette science.
    48 Dans son Muqaddima, en plus d’avoir appliqué la science de l’improbation et de l’appréciation dans le chapitre intitulé Fî amr al-Fâtimî wa mâ yadhhabu ilayhi al-nâs (…), il consacre un autre chapitre aux sciences du hadith qu’il intitule Fasl fî ‘ulûm al-hadîth.
    49 Il s’agit du jam’ qu’on retrouve dans la science des hadiths contradictoires.
    50 Ibn Khaldûn lui-même explique cette règle dans son chapitre consacré aux sciences du hadith dans son Muqaddima.
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    احاديث المهدي كلها ضعيفة ليس فيها ما يعتمد عليه )...( 51 .
    « Les hadiths sur le Mahdi sont tous non authentiques. Il n’y en a aucun auquel on peut faire confiance. »
    Abû Muhammad bun al-Walîd al-Baghdâdî avait réfuté l’authenticité de ces hadiths bien avant eux52. Aucun savant jusque-là n’est parvenu à démontrer le contraire et aucun ne peut y parvenir, pour la simple et bonne raison qu’il n’en existe aucun qui possède une chaîne de transmission réunissant à la fois la continuité dans la chaîne de transmission, l’intégrité morale de tous les transmetteurs, ainsi qu’une capacité de mémorisation indiscutable de ces derniers53, sans compter que les énoncés, même en ayant un même rapporteur principal, sont très régulièrement différents, comportant des différences et contradictions énormes autant sur le fond que sur la forme, rendant impossible de pouvoir en prouver le bon.
    Ceux qui contre vents et marées tentent d’en trouver des authentiques ne peuvent plus que concentrer leurs recherches sur les chaînes de transmission comme a fait le docteur ‘Abdul ‘Alîm ‘Abdul’Azîm al-Bastawî54 qui a pris le soin de préciser sa démarche dès l’entame de son étude sur les hadiths qui concernent le Mahdi :
    بعد الفراغ من جمع الأحاديث و الآثار بدأت أبحث في أسانيدها للتمييز بين صحيحها و ضعيفها مستعينا بالقواعد
    التي قررها المحدثون و أئمة النقد قدر استطاعتي 55 .
    « Après avoir réuni tous les hadiths et les âthâr56, j’ai entrepris d’étudier leurs chaînes de transmission afin d’en distinguer les authentiques des apocryphes, en m’appuyant, autant que possible, sur les règles établies par les spécialistes du hadith et les imams de la critique. »
    L’expression sahîh qu’ils utilisent faisant référence à un de ces hadiths veut en réalité dire sahîh isnaduhû qui signifie « hadith dont la chaîne de transmission est authentique ou fiable » et non pas « hadith dont la chaîne de transmission et l’énoncé sont authentiques ». Al-
    51 Al-Hût Muhammad Darwîch, Asnâ al-matâlib fî mukhtalafî ahâdîth mukhtalifat al-marâtib, Bayrût,Dâr al-kutub al-‘arabî, 2e édition, 1983, p. 372.
    52 Al-Bastawî, p. 32.
    53 Il existe des livres comme Tahdhîb al-tahdhîb d’Ibn Hajar ou son résumé Taqrîb al- tahdhîb qui permettent de voir les avis de beaucoup d’imams et de spécialistes sur l’ensemble des rapporteurs de hadiths. Tous ceux qui veulent prendre connaissance de ces avis peuvent le faire. Ils se rendront compte d’eux même de l’importance des critiques sur les rapporteurs des hadiths sur le Mahdi. On y trouve entre autres beaucoup de Mudallis, des signalements de problèmes de mémorisation, des défauts de tout genre sur la plupart de ces individus. C’est l’étude de la chaîne de transmission qui permet d’apprécier la confiance qui peut être accordée à chacun d’eux.
    54 Il est le premier à avoir consacré un ouvrage entier dans lequel il applique la science de l’improbation et de l’appréciation sur les transmetteurs de hadiths sur le Mahdi.
    55 Al-Bastawî, p. 15. Cela ne l’empêche pas de s’exprimer quelques fois sur l’énoncé lorsque les spécialistes y ont fait des commentaires.
    56 Ce sont les paroles qui sont attribués aux compagnons du prophète.
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    Bastawî prend encore le soin de le préciser dans son ouvrage57, ce que ne font pas beaucoup d’autres auteurs conduisant à des abus sur l’emploi de ce terme.
    Ils ne s’engagent nullement pas à vouloir attester un énoncé par rapport à un autre car ils n’en ont pas les moyens. Ils se contentent alors tout juste d’approfondir leurs recherches sur les chaînes de transmission de ces hadiths et renoncent à l’énoncé58. Malgré cela, il n’existe aucun consensus sur une prétendue chaîne de transmission authentique en ce qui concerne les hadiths sur le Mahdi. Toute chaîne considérée par certains comme authentique est démontrée par d’autres comme étant non authentique. Le docteur al-Bastawî précise à cet effet : « mâ sahha ‘indî59 » qui veut dire « ce qui est authentique pour moi. »
    L’étude de ce dernier sur les hadiths qui concernent le Mahdi et qui est cité comme référence notamment par ‘Abdul Muhsin al-‘Abbâd60, réunit soixante-douze hadiths dont trente parmi les recevables et quarante-deux parmi les non recevables61. Dans les trente recevables seulement trois ont été qualifiés comme ayant une chaîne de transmission authentique et comportant le terme Mahdi62. Parmi les hadiths qui ne comportent pas le terme Mahdi il y en a un qu’il qualifie d’authentique. Il n’omet cependant pas de préciser que rien dans ce hadith ne prouve que celui dont il s’agit dans ce hadith c’est le Mahdi ou un autre calife63. Dans la conclusion de sa recherche, le docteur al-Bastawî affirme :

Mame  Libasse Thiaw Laye

لا يمكن الجزم بالمراد الحقيقي من هذه الاحاديث )...(. 64
« Il est impossible d’être catégorique sur le véritable sens de ces hadiths (…). »
Dans son livre intitulé al-Radd ‘alâ man kadhdhaba bi al-ahâdîth al-sahîha al-wârida fî al-Mahdiy qui peut se traduire par Réponse à celui qui a démenti les hadiths authentiques qui sont apparus sur le Mahdi, nous pourrions penser qu’al-‘Abbâd allait y apporter des hadiths dont il défendrait l’authenticité de leur chaîne de transmission, mais il ne l’a pas fait.
57 Al-Bastawî, p. 19.
58 Chacun a sa propre interprétation sur chaque énoncé. C’est la raison pour laquelle les avis sont multiples sur chaque énoncé au-delà de leurs contradictions.
59 Al-Bastawî, p. 377-379.
60 Al-‘Abbâd Abd al-Muhsin bun Hamad, ‘Aqîdat ahl-sunna wa al-athar fî al-Mahdiy al-mutazar, 1ère édition, 1402H, p. 74.
61 Il a regroupé ces hadiths dans un ouvrage à part qu’il a dénommé Al-Mawsû’a fî ahâdîth al-Mahdiy al-da’îfa wa al-mawdû’a.
62 Ce sont les hadiths numéro 3, 6 et 7 de son ouvrage. Des critiques détaillés sur les rapporteurs y apparaissent mais il en fait fi. Ibn Khaldûn les a rapportés également dans son Muqaddima.
63 Al-Bastawî, p. 327. Il s’agit du hadith numéro 38 rapporté par Jâbir et qui comportent diverses versions dont celle dans laquelle il est dit : « Il y’aura à la fin des temps un calife qui distribuera l’argent sans compter. »
يكون في آخر الزمان خليفة يقسم المال و لا يعده
64 Al-Bastawî, p. 383.
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Il s’est contenté d’en présenter un nombre très limité65 qu’il a qualifié de bons ou solides. Son livre constitue à lui-seul un argument sur le fait qu’il n’existe pas de hadith sur le Mahdi qui réunit les cinq critères qui font qu’un hadith puisse être qualifié d’authentique, sinon il n’aurait pas manqué de le faire savoir. Dans son célèbre article intitulé ‘Aqîdat ahl al-sunna wa al-athar fî al-Mahdiy al-mutazar qui peut être traduit par Doctrine des sunnites sur le Mahdi attendu, il cite six hadiths seulement dont trois sont qualifiés de bons par des imams qu’il a cités.
Les suspicions sur le fait que les hadiths sur le Mahdi ne font pas partie des hadiths authentiques remontent à très longtemps. Un des éléments qui ont attiré l’attention des chercheurs là-dessus est le fait que Bukhâri et Muslim66 n’ont rapporté aucun hadith qui porte le nom du Mahdi dans leur Sahîh67. Il n’existe qu’un seul hadith dans leur Sahîh qui semble faire l’unanimité sur sa référence au Mahdi. Il s’agit de :
كيف أنتم إذا نزل بن مريم فيكم و إمامكم منك م 68 .
« Comment est-ce que vous serez lorsque le fils de Marie vous viendra, accompagné de votre imam et en étant issus de vous. »
Cette absence flagrante dans ces recueils réputés pour la rigueur de leurs auteurs sur les critères qu’ils ont établis pour sélectionner les hadiths a été soulignée par plusieurs parmi ceux qui contestent la recevabilité des hadiths sur le Mahdi69. Cette remarque, même si sa pertinence est réfutée par des savants tel que ‘Abdul Muhsin al-‘Abbâd70, est quelque chose d’important à faire dans la mesure où ces deux Sahîhs sont considérés comme étant les ouvrages les plus fiables de la religion musulmane71 vu le nombre important de hadiths
65 Nous avons dénombré six hadiths sans prendre en compte ses répétitions.
66 Ils sont les premiers à écrire un livre dans lequel ils leur but était d’exclure tout hadith qui ne réunissaient pas les critères d’authenticité. Aucun auteur avant eux ne s’était fixé cet objectif.
67 Ridâ Muhammad Rachîd, Tafsîr al-Qur’ân, Caire, Dâr al-Manâr, 2e édition, 1947, Tome 9, p. 499. Cet ouvrage est plus connu sous le nom de Tafsîr al-Manâr. Nous employons ce terme pour désigner Sahîh al-Bukhârî et Sahîh Muslim. Ces ouvrages sont ainsi appelés car ces auteurs visaient à y compiler uniquement des hadiths authentiques par rapport à leurs critères.
68 Al-Bastawî, p. 278. Muslim en rapporte une autre version avec une autre chaîne de transmission. Il en existe environ une dizaine de versions, qui ont différentes chaînes de transmission, qui remontent toutes à Abû Hurayra qui les auraient entendues du prophète (psl). Il y’en une parmi elles qui nous parle de la descente de Jésus (psl) du ciel. C’est l’origine des propos de certains qui soutiennent qu’on le verra descendre du ciel escorté par des anges du Seigneur.
69 D’aucuns estiment qu’ils s’évaluent à des centaines tandis que d’autres les évaluent à des milliers.
70 Al-‘Abbâd, p. 13.
71 Ibn Salâh, p. 160.
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authentiques qu’ils regroupent72. Etant donné que le terme Mahdi est introuvable dans le livre saint de l’Islam, son exclusion parmi les milliers de hadiths sélectionnés par ces deux imminents savants soulève naturellement un questionnement sur leur recevabilité et conduit à ne pas exclure la possibilité qu’ils les aient exclus à cause de leur manque de fiabilité.
Tout cela, ajouté aux innombrables problèmes qui existent sur ces hadiths a amené certains à en déduire que le Mahdi n’existe pas dans l’Islam et qu’il n’est qu’une pure invention dont tantôt les chiites, tantôt les chrétiens ou encore les juifs sont mis au banc des accusés. Sans pour autant partager ces déductions extrêmes, il sera aisé de reconnaître l’existence de ces problèmes y compris même par ceux qui croient en la venue du Mahdi et qui ont du mal à tomber d’accord sur l’interprétation de ces hadiths. Ibn Mahmûd soulignent à ce propos :
)...( أن جميع الناس من العلماء و العوام، قي كل زمان و مكان، يقاتل كل من يدعي أنه الإمام المهدي لاعتقاده م
أنه دجال كذاب، يريد أن يفسد الدين و يفرق جماعة المسلمين، و يملأ ما استولى عليه جورا أو فجورا، كما جرى لكثير من
المدعين للمهدية و لن يزالوا يقاتلوا كل من يدعي ذلك حتى تقوم الساعة، فأين المهدي و الحالة هذه ؟ 73
« Les hommes combattront partout, et à tout instant, tout individu qui se déclarera être l’imam al-Mahdi. Ils seront convaincus que cet individu serait un imposteur et un menteur qui voudrait semer le désordre dans la religion, diviser la communauté musulmane, et gouverner dans l’injustice et l’immoralité comme cela s’est déjà vu chez beaucoup qui avaient prétendu l’être. Les hommes ne cesseront de combattre tous ceux qui feront cette déclaration jusqu’à la fin des temps. Face à cette réalité, où se trouve donc le Mahdi ? »
Il rajoute :
إن هذه الأحاديث الكثيرة التي تبلغ خمسين حديثا في المهدي عند أهل السنة، بعضها يزعمونها صحاحا، و بعضها
من الحسان و بغضها من الضعاف، و قد بلغت ألفا و مائتي حديث عند الشيعة و المهدي واحد و ليس باثنين تنازعته أفكار
الشيعة و أفكار أهل السنة 74 .
72 Certains penseurs comme Ibn Taymiyya et Ibn Salâh, voulant être plus royalistes que les rois, ont invité les musulmans, au nom du consensus, à considérer exceptionnellement les hadiths de ces Sahîhs, comme étant formellement authentiques. Leur proposition n’a pas été suivie par la majorité des penseurs d’autant plus qu’il ne fait plus l’ombre d’aucun doute que ces ouvrages comportent non seulement des hadiths qui ne sont pas authentiques présentant des chaînes discontinues, des rajouts, des commentaires et des différences dans les récits, mais également des hadiths forgés, alors qu’ils avaient garanti n’avoir rapporté que des hadiths authentiques. Cela démontre qu’ils ne sont pas infaillibles. Leur objectif n’était pas non plus de rapporter des hadiths qui devaient être reconnus formellement comme étant des propos du prophète, mais plutôt d’en rapporter des fiables, c’est-à dire sur lesquels le doute sur leur véracité et important.
73 Ibn Mahdmûd, p. 5.
74 Idem.
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« Ces nombreux hadiths sur le Mahdi atteignent le nombre de cinquante chez les sunnites qui prétendent qu’il y’en auraient des authentiques, des bons et des apocryphes, et celui de mille chez les chiites, alors que le Mahdi n’est qu’un individu et non pas deux sur lesquels se confrontent les pensées sunnites et chiites. »
Ahmad Amîn raconte à propos de ces hadiths :
و قد أجهد رجال الحديث أنفسهم في فحص سند هذه الأحاديث و أبانوا ما فيها من ضعف رجالها )...(. نظرية
المهدية لا تتفق و سنة الله في خلقه و لا تتفق و العقل الصحي ح 75 .
« Les spécialistes du hadith se sont penchés sur l’examen de la chaîne de transmission de ces hadiths et ont mis en lumière la faiblesse de leurs narrateurs (…). La théorie du Mahdi n’est ni conforme avec la tradition de Dieu envers ses créatures et ni avec le bon sens. »
Muhammad Farîd Wujdî déclare dans son encyclopédie après avoir revu des hadiths du Mahdi :
هذا ما ورد من الأحاديث في المهدي المنتظر و الناظرون فيها من أولي البصائر لا يجدون في صدورهم حرجا
من تنزيه ر سول الله صلى الله عليه و سلم من قولها، فان فيها من الغلو و الخبط في التواريخ و الاغراق في المبالغات و
الجهل بأمور الناس و البعد عن سنن الله المعروفة ما يشير المطالع لأول وهلة انها احاديث موضوعة تعمد وضعها رجال
من اهل الزيغ او المشايعين لبعض اهل الدعوة من طلبة الخلافة في بلاد العرب او المغرب )...(.
و زاد على ذلك أن بعض تلك الأحاديث تذكر الدولة القياصرة بالقسطنطينية عند خروج المهدي على ما كانت
عليه حالتنا )...( مع علمك بأن دولة قياصرة القسطنطينية انقرضت من لدن القرن الخامس عش ر للميلاد )...( 76 .
« Voici ce qui apparaît sur les hadiths du Mahdi Attendu. Tous ceux qui se penchent dessus et qui ont de la clairvoyance n’auront aucune difficulté à reconnaître que le prophète est incapable de tenir tels propos. Ils comportent en effet tellement d’outrances, de piétinements de l’histoire, de submersions dans des exagérations, d’ignorance des affaires des hommes, et d’écarts avec les règles de Dieu, qui indiquent au chercheur dès le premier regard que ce sont des hadiths forgés délibérément par des hommes déviationnistes ou des partisans de certaines professions qui aspirent au califat parmi les arabes et les habitants du Maghreb.
En plus de cela, ces hadiths nous indiquent les périodes césariennes de la Constantine comme étant celles de l’apparition du Mahdi à l’heure où nous en sommes aujourd’hui, alors qu’on sait que ces empires ont disparu depuis le cinquième siècle. »
S’appuyant sur ce genre de hadiths indexés par Farîd Wujdî, cheikh al-‘Abbâd soutient que le Mahdi et ses soldats combattront les romains et que cela se déroulera à un moment où
75 Amîn Ahmad, Duhâ al-Islâm, Misr, Madrasat al-tab’ wa al-nachr, 7e édition, Troisième partie, p. 238-245.
76 Wujdî Muhammad Farîd, Dâ’irat ma’ârif, al-qarn al-‘ichrîn, Bayrût, Dâr al-fikr, 10e édition, Tome 10, p. 481.
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les hommes recommenceront à utiliser des ânes77, des chevaux, des arcs, des flèches, des épées et des lances dans leurs guerres78. Selon lui, c’est cela même qui prouve que nous ne vivons pas encore l’époque du Mahdi, car ces animaux et objets ne sont pas actuellement nos moyens de guerre, mais ils le deviendront dans le futur79. Nous pourrions être tenté de nous demander s’il ne confond pas le passé du futur. Il est difficile d’imaginer que de tels propos puissent être tenus par une personnalité de cette trempe encore au 21e siècle. Cette déclaration semble dévoiler une volonté de rassurer le roi saoudien de l’époque Khaled ben Abdel Aziz Al Saoud et de discréditer ceux qui voudraient se déclarer mahdi, notamment après la folie meurtrière qui s’était déroulée à la Mecque en 1979 avec un mahdi qahtânî.
Les propos suivants de Sa’d Muhammad Hasan laissent apparaître toute sa déception sur l’ampleur des faux hadiths qui affectent même les ouvrages les plus réputés :
و من الغريب حقا أن نجد الإمام البخاري و هو شخصية علمية جليلة لها خطرها و مكانتها مع أنه لم يرو لنا شيئا
قط يتعلق بالمهدي يحدثنا بحديث القحطاني هذا في صحيحه " لا تقوم الساعة حتى يخرج رجل من قحطان يسوق الناس
بعصاه )...( .
)...( يقول المسعودي إن عبد الرحمان بن الأشعث قد ادعى أنه ذلك القحطاني المنتظر.
هناك أيضا  كما يحدثنا الرواة  بعض النبوءات الخاصة بكلبي منتظر، و هو مهدي سيخرج من كلب إحدى
القبائل اليمنية.
بينما كان اليمنيون ينتظرون القحطاني أو الكلبي كان المضريون هم الآخرون ينتظرون التميمي، و هو مهدي
سيخرج من بني تميم إحدى القبائل المضرية.
)...( سارع الأمويون فاختلقوا هم أيضا مهديا لهم هو السفياني المنتظ ر 80 .
« Il est très étrange de voir l’imam Bukhârî, qui est une éminente figure scientifique jouissant d’une importance et d’une autorité uniques et qui ne nous a rien rapporté concernant le Mahdi, nous
77 L’âne de Dajjâl aura deux yeux séparés l’un de l’autre par 21m.
78 Al-‘Abbâd al-Muhsin al-Hamad, al-Radd ‘alâ man kadhdhaba bi al-aâdîth al-sahîha al-wârida fî al-Mahdiy, https://www.quranicthought.com/books/%D8%A7%D9%84%D8%B1%D8%AF-%D8%B9%D9%84%D9%89-%D9%85%D9%86-%D9%83%D8%B0%D8%A8-%D8%A8%D8%A7%D9%84%D8%A3%D8%AD%D8%A7%D8%AF%D9%8A%D8%AB-%D8%A7%D9%84%D8%B5%D8%AD%D9%8A%D8%AD%D8%A9-%D8%A7%D9%84%D9%88%D8%A7/ Posté le 28 juillet 2019, 17/04/2020, p. 3. On ne retrouve pas ce passage dans l’édition que nous avons cité plus haut, mais on peut retrouver sur ce lien le texte complet. Cheikh al-‘Abbâd y commence par s’attaquer aux rebelles qui avaient pris le contrôle de la mosquée de la Mecque en 1979 et voulaient que la famille royale reconnaisse Mohammed Ben Abdallah Al Qahtani, présent avec eux, comme étant le Mahdi.
79 Idem.
80 Sa’d Muhammad Hasan, Al-Mahdiyya fî al-Islam mundh aqdam al-‘usûr hattâ al-yawm, Misr, Dâr al-kitâb al-‘arabî, 1ère édition, 1953, p. 176-177.
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parler du hadith de ce Qahtânî dans son Sahîh : ‘’La fin des temps n’arrivera pas tant que n’apparaîtra pas un homme de Qahtân pour diriger les hommes avec son bâton (...).’’
Al-Mas’ûdî dit qu’Abd al-Rahmân bun al-Ach’ath avait prétendu être ce al-Qahtânî al-Muntazar (attendu).
Il existe également, comme nous le rapportent des narrateurs, certaines prophéties spéciales sur un Kalbî (attendu) qui serait un mahdi qui devrait apparaître de Kalb, une des tribus du Yémen.
Pendant le même moment où les Yéménites attendaient un qahtânî ou un kalbî, les Mudarites attendaient de leur côté un Tamîmite qui serait un mahdi qui devrait apparaître chez les Tamîmites, une des tribus de Mudar.
Les Omeyyades ont rejoints la course et ont inventé eux aussi leur propre mahdi qui est al-Sufyânî al-Muntazar81. »
Muhammad Rachîd Ridâ spécialisé notamment dans les sciences du hadith affirme :
)...( أما التعارض في أحاديث المهدي فهو أقوى و أظهر، و الجمع بين الروايات فيه أعسر، و المنكرون لها
أكثر، و الشبهة فيها أظهر، و لذلك لم يعتد لشيخان بشيء من روايتها في صحيحيهما 82 .
لا شك في أن أكثر الأحاديث قد روي بالمعنى كما هو معلوم و اتفق عليه العلماء، و يدل عليه اختلاف رواة
الصحاح في ألفاظ الحديث الواحد حتى المختصر منها، و ما دخل على بعض الحديث من المدرجات )...(. فعلى هذا كان
يروي كل أحد ما فهمه، و ربما وقع في فهمه الخطأ لأن هذه أمور غيبية، و ربما فسر بعض ما فهمه بألفاظ يزيده ا 83 .
« La contradiction des hadiths sur le Mahdi est très forte et très flagrante, tenter de concilier leurs différents récits est encore plus difficile, ceux qui les rejettent sont plus nombreux et la suspicion y est flagrante. C’est pour toutes ces raisons que les deux cheikhs84 n’ont pas rapporté ces récits dans leur Sahîh.
Il ne fait aucun doute que beaucoup de hadiths ont été rapportés par le sens. Cela est unanimement reconnu par les savants. La différence des termes employés par les narrateurs des Sahîhs sur chaque hadith y compris même les plus courts, le démontre, de même que les rajouts (…). On reconnaît de ce fait que ceux qui rapportaient les hadiths le faisaient selon leur compréhension. Il peut
81 Sufyânî fait référence aux descendants d’Abû Sufyân parmi les Omeyyades. La couleur du drapeau du Mahdi est tantôt noire tantôt jaune dans les hadiths. Les multiples régions citées comme lieu d’origine du Mahdi ont disparu pour la plupart. Les familles citées par les hadiths se sont dispersées dans tous les coins et recoins du monde et aucune personne ne peut les retracer pour les identifier. Les périodes byzantines, andalousses et constantines entre autres qui sont rapportées également dans des hadiths, appartiennent dorénavant au passé, d’où la sidération de beaucoup de penseurs qui ont été déçus de constater la présence de ces hadiths dans les grands livres de l’Islam dont beaucoup ont été qualifiés d’authentiques par le passé. Leur fausseté ne fait plus l’ombre d’aucun doute. Ce sont des hadiths qui ont dépassé leur « période de validité ».
82 Ridâ, p. 499.
83 Ridâ, p. 506.
84 Boukhârî et Muslim sont parfois ainsi désignés.
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dès lors arriver que le narrateur se trompe sur sa compréhension car ces choses sont de l’ordre du mystère divin, tout comme il peut arriver qu’il explique sa compréhension en employant des termes qui sont les siens. »
Quiconque est avisé de tout ceci s’étonnera de voir un individu affirmer catégoriquement et avec la plus grande énergie, que le Mahdi devra correspondre avec un tel ou tel autre hadith. Tenir ce genre de propos peut révéler quatre choses de la part de leurs auteurs :
- une ignorance sur le fait que les sciences du hadith excluent de toute possibilité de pouvoir être catégorique sur les hadiths singuliers et que même les plus authentiques d’entre eux représentent seulement plus de fiabilité par rapport aux critères établis, mais ne peuvent en aucun cas être considérés comme étant les véritables propos du prophète (psl),
- une absence de crainte envers Dieu s’il s’agit d’une stratégie qui consiste à vouloir inculquer aux musulmans ses propres points de vue par rapport à ces hadiths,
- une panique qui conduit à vouloir donner à ces hadiths une valeur démesurée croyant pouvoir s’en servir par la suite comme argument face à la preuve irréfutable et éternelle que Dieu a donnée à son prophète Seydina Limamou Lahi (psl),
- la combinaison de l’ensemble de ces causes.
Vouloir nier un fait réel visible et palpable en faisant appel à des hadiths est absurde et est contraire aux fondamentaux des sciences du hadith. L’un des éléments qui permettent de reconnaître un faux hadith est d’ailleurs sa contradiction avec un événement avéré. Al-Baghdâdî dit à ce propos :
لا يقبل خبر الواحد في منافات حكم العقل و حكم القرآن الثابت المحكم و السنة المعلومة و الفعل الجاري مجرى
السنة و كل دليل مقطوع به و انما يقبل به فيما لا يقطع به ) . )...
كل خبرين علم ان النبي صلى الله عليه و آله و سلم تكلم بهما فلا يصح دخول التعارض فيهما )...( لان معنى
التعارض بين الخبرين و القرآن )...( ان يكون موجب احدهما منافيا لموجب الآخ ر )...( او يوجب كون احدهما صدقا و
الآخر كذبا ان كانا خبرين و النبي صلى الله عليه و آله و سلم منزه عن ذلك الجمع و معصوم منه )... ( 85 .
« L’information singulière n’est pas recevable lorsqu’elle est contraire au bon sens. Elle ne l’est pas non plus lorsqu’elle est incompatible avec un précepte précis et univoque du Coran ou de la sunna connue, à une pratique conforme à la sunna, ou à n’importe quelle preuve formelle. Il est par contre recevable dans toute chose dans laquelle on ne peut pas être catégorique (…).
85 Al-Baghdâdî, 432-433.
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Il n’est pas possible qu’il puisse y avoir une contradiction entre deux informations qui proviennent du prophète (psl), car une contradiction réelle entre deux informations ou entre une information et le Coran, c’est lorsque la confirmation de l’un entraîne de facto l’exclusion de l’autre (…), ou lorsque l’exactitude d’une des deux informations entraîne la fausseté de l’autre. Le prophète est incapable de ce genre de contradiction, il en est préservé (…). »
Beaucoup de hadiths ont été rejetés à cause de leur contradiction avec des événements historiques comme ont eu à le souligner beaucoup d’auteurs dont al-Qurtubî86. Si par exemple un hadith nous prédisait qu’en telle année un tel individu serait à la tête d’un pays, et que arrivé à cette date, on constate une toute autre vérité, cela signifiera que ce hadith était véritablement faux. Si Dieu donne à Seydina Limamou Lahi (psl) des confirmations aussi flagrantes que le recul de la mer et le respect par celle-ci de l’injonction qu’elle a reçue, tout hadith contradictoire avec ce prophète confirmé (psl) est purement et simplement faux. Il ne peut dès lors plus constituer d’argument. Dieu dit dans le Coran :
إن الظن لا يغني من الحق شيئا 87
« Le doute ne peut pas tenir face à la vérité »
Les penseurs qui se sont donnés comme sacerdoce de combattre cette vérité devront s’armer de beaucoup d’abnégation et de persévérance. Comment quelqu’un qui est sensé savoir qu’un hadith recevable prime sur le hadith irrecevable peut-il ignorer que les preuves de Dieu prennent le dessus sur n’importe quel hadith ! Les juifs de Médine avaient nié la mission de Muhammad (psl) parce que notamment leurs savants leur avaient fait croire le prophète qui allait apparaître serait issu d’eux88. Toutes les preuves divines ne leur auraient probablement pas suffi pour rejoindre ses rangs parce que leurs esprits étaient déjà remplis de fausses idées dont ils ne voulaient pas se débarrasser et auxquelles ils se sont toujours accrochés avec orgueil. Chaque venue d’un prophète a été une épreuve pour l’orgueil de ceux qui pensaient savoir.
Dieu n’a pas envoyé ses prophètes uniquement auprès des savants. Ces derniers n’ont jamais eu besoin non plus des savants pour confirmer aux individus la véracité de leur mission. Dieu les a envoyés aux hommes, et ces derniers, étant doté de raison, détiennent l’élément qui doit leur permettre de reconnaître les véritables envoyés de Dieu, à savoir la
86 Al-Cha’rânî ‘Abd al-Wahhâb, Mukhtasar tadhkirat al-Qurtubî, Misr, Dâr ihyâ’ al-kutub al-‘arabî, p. 134.
87 Coran, sourate 10, verset 36.
88 Al-Nabahânî Yûsuf bun Ismâ’îl, Hujjat al-Lâhi ‘alâ al-‘âlamîn fî mu’jizât sayyid al-mursalîn, Bayrût, Dâr al-kutub al-‘ilmiyya, 1971, p. 107.
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raison. Les preuves de Dieu s’expriment par des faits réels que nul individu sensé ne peut nier. Reconnaître un envoyé de Dieu n’est pas en effet une faculté spécialement dédiée aux savants au détriment du reste des individus. L’histoire a révélé qu’ils ont bien souvent fait face aux prophètes et les ont combattus par orgueil.
« Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée » disait Descartes avant de rajouter : « car chacun pense en être si bien pourvu, que ceux même qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose n’ont point coutume d’en désirer plus qu’ils en ont89. » Il poursuit en affirmant : « cela témoigne que la puissance de bien juger et distinguer le vrai d’avec le faux, qui est proprement ce qu’on nomme le bon sens ou la raison, est naturellement égale en tous les hommes90. » Tout le monde peut facilement reconnaître que les preuves apportées par Seydina Limamou Lahi ne se sont réalisées que par la volonté de Dieu. Il n’y a que la confirmation de Dieu qui peut permettre de reconnaître le Mahdi91. Le fait que Seydina Limamou Lahi se soit proclamé être le Mahdi envoyé par Dieu devait faciliter la chose. Il aurait dû suffire d’observer si le Seigneur lui avait donné des preuves, au lieu de vouloir nier celles-ci92 et chercher à trouver refuge dans des hadiths. Le coran nous raconte qu’en enfer les négateurs reconnaîtront leur tort de n’avoir pas utilisé leur bon sens pour pouvoir reconnaître les envoyés de Dieu et les croire (psl)93.
Un exemple d’exagération sur les hadiths du Mahdi est de proclamer que ce dernier devra porter comme nom Muhammad ibn ‘Abdullah. Ceci est une pure invention ; il n’a été cité nulle part dans les hadiths, y compris les moins fiables. Si Ibn Taymiyyah n’en est pas l’inventeur principal, il apparaît que c’est lui qui l’a écrit en premier sans aucune réserve dans
89 Descartes du Perron René, Discours de la méthode pour bien conduire sa raison et chercher la vérité dans les sciences, Paris, Librairie de la bibliothèque nationale, 1894, p. 6. Il existe un adage wolof qui dit que si le bon sens était une marchandise à vendre, personne ne l’achèterait.
90 Idem. Il rajoute : « La diversité de nos opinions ne vient pas de ce que les uns sont plus raisonnables que les autres, mais seulement de ce que nous conduisons nos pensées par diverses voies, et ne considérons pas les mêmes choses. Car ce n’est pas assez d’avoir l’esprit bon, mais le principal est de l’appliquer bien. Les plus grandes âmes sont capables des plus grands vices aussi bien que des plus grandes vertus ; et ceux qui ne marchent que fort lentement peuvent avancer beaucoup davantage, s’ils suivent toujours le droit chemin, que ne font ceux qui courent et qui s’en éloignent. »
91 Nous avons fait un texte que nous avons intitulé « Mana demba mana tay » sur lequel nous avons plus détaillé sur les preuves que Dieu apporte à Ses envoyés (psl). Il peut être consulté sur le site almahdiyou.org.
92 Ce comportement a toujours été celui de ceux qui combattent les envoyés de Dieu. Il est regrettable de constater des individus qui ont appris l’histoire des prophètes à travers le Coran s’opposer à un prophète ayant apporté des preuves. Pour rappel, il a suffi aux ensorceleurs du Pharaon de voir Mûsâ transformer son bâton en serpent avec ce qui s’en est suivi pour qu’ils le reconnaissent avec son frère Harûn (pse) comme de véritables envoyés de Dieu (psl). En revanche, la séparation de la mer en deux pour se frayer un chemin n’a pas suffi à Pharaon pour se soumettre la volonté de Dieu.
93 Sourate 67, verset 10. Et ils dirent: « Si nous avions écouté ou raisonné, nous ne serions pas parmi les gens de la Fournaise. »
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la forme comme dans le fond à travers son ouvrage Minhâj al-Sunna. Ceux qui reprennent aujourd’hui encore cette invention se réfèrent à lui.
Minhâj al-Sunna est un ouvrage très controverse dans lequel il verse souvent dans des exagérations94, emporté par une sorte de haine envers l’auteur chiite Ibn al-Mutahhar al-Hillî95 qu’il n’a pas hésité de surnommer Ibn al-Munajjas96. En réponse au hadith rapporté par ce dernier97, et après lui avoir reproché de ne pas utiliser les hadiths des sunnites, Ibn Taymiyyah affirme :
)ثانيا( إن هذا من أخبار الآحاد فكيف يثبت به أصل الدين الذي لا يصح الإيمان الا به؟
)ثالثا( إن لفظ الحديث حجة عليكم فإن لفظه يواطئ اسمه إسمي و اسم أبيه اسم أبي. فالمهدي الذي أخبرنا به النبي صلى الله
عليه و سلم محمد بن عبد الله لا محمد بن الحسن 98 .
« Deuxièmement : Ceci fait partie des informations singulières. Comment peut-elle par conséquent constituer la source d’une doctrine sur laquelle repose la foi ?
Troisièmement : Les termes du hadith sont en votre défaveur. Ces termes sont en réalité : ‘’son nom s’accommodera avec le mien et le nom de son père s’accommodera avec celui de mon père.’’ Le Mahdi que nous a annoncé le prophète (psl) s’appelle Muhammad bun ‘Abdullah et non bun al-Hassan. »
Dans sa réponse, après avoir confirmé qu’une croyance ne peut se fonder sur une information émanant d’un hadith singulier, il fait appel à un hadith qui, d’une part, est aussi singulier que celui qu’il dénonce, et d’autre part qui est reconnu comme non authentique99. Il va encore plus loin en adoptant la même démarche que celle qu’il reproche à son interlocuteur en fondant sur ce hadith une nouvelle doctrine, qui est que le Mahdi s’appellera Muhammad ibn ‘Abdullah. La maladresse est tellement inconcevable qu’on peut avoir du mal à y croire lorsqu’on la constate pour la première fois, vu l’importance de sa personnalité, car il jouit d’une notoriété qui est incontestable, et est réputé pour sa grande rigueur.
94 Ibn Hajar s’exclame dans Lisân al- mîzân des innombrables exagérations dans les propos d’Ibn Taymiyyah, qui n’hésitait pas, pour défendre ses points de vue, à qualifier des hadiths recevables comme non recevables et à s’attaquer à des spécialistes des sciences du Hadith comme al-Tahâwî pour avoir qualifié comme recevables des hadith qu’ils considère comme non recevables.
95 Il avait rédigé un ouvrage qui s’appelle Minhâj al-karâma.
96 Al-Munajjas est l’opposé d’al-Mutahhar qui signifie « le purifié. »
97 يخرج في آخر الزمان رجل من ولدي اسمه كإسمي و كنيته ككنيتي يملأ الأرض عدلا كما ملئت جورا فذلك هو المهدي.
« Un homme de ma descendance apparaîtra à la fin des temps, son nom sera comme le mien et son surnom sera comme la mien. »
98 Ibn Taymiyyah, p. 133.
99 Il s’agit du hadith numéro 25 et 26 de l’ouvrage d’al-Bastawî.
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Ceci constitue un parfait exemple pour quiconque voudrait comprendre de quelle manière on peut en arriver à attribuer au prophète (psl) des propos qu’il n’a jamais tenus. Cette démarche d’Ibn Taymiyyah est également un exemple parfait pour quiconque souhaiterait comprendre de quelle manière un guide peut-il conduire à l’égarement, car ce qu’il a fait est repris par de nombreux musulmans qui s’en servent comme argument et soutiennent sans réserve que le Mahdi ne peut porter autre nom que celui de Muhammad bun ‘Abdullah, prétendant que c’est le prophète (psl) qui l’a enseigné.
Certains de ces adeptes n’en reviennent pas qu’il leur ait offert une telle facilité qui constitue à pouvoir nier tous ceux qui se revendiqueraient être le Mahdi sans porter ce nom. C’est la raison pour laquelle ils l’utilisent à tout-va. Ibn Kathîr qui est son disciple l’a repris avec des réserves en terminant son affirmation par wallahu a’lam ou « Dieu en sait plus que nous100 », ce qu’Ibn Taymiyya n’a pas jugé utile de faire convaincu de la véracité son opinion. Sa’îd ibn al-Musayyib101 et ses contemporains tâbi’î102 qui pensaient que le calife ‘Umar bun ‘Abd al-‘Azîz était le Mahdi ne devait pas avoir le même niveau d’information qu’Ibn Taymiyya pour ignorer que le véritable Mahdi devait s’appelait Muhammad bun ‘Abdullah103, ni non plus ceux parmi eux qui soutenaient que le Mahdi c’est Jésus (pse)104.
Muhammadou Lamine Lahi avait bien raison lorsqu’il disait à l’occasion de ses conférences :
« Avant l'apparition du Mahdi nous devions nous référer aux hadiths pour avoir des informations sur lui. A partir du moment où le Mahdi est venu avec les confirmations de son Seigneur, nous ne devons plus nous référer aux hadiths pour authentifier ce Mahdi. Nous devons plutôt nous référer au Mahdi et à ses enseignements pour pouvoir authentifier les hadiths. »
Seydina Limamou Lahi a toujours eu raison notamment lorsqu’il disait :
« Ô savants, refermez les livres, le Maître est venu105. »
Ibnu-l-Amîn
100 Ibn Kathîr Isma’îl Ibn ‘Umar, Al-Bidâya wa al-nihâya, Hajar, Tome 19, 1998, p. 61-60.
101 C’est un des maîtres de l’imam Malik et il a vécu avec des compagnons du prophète.
102 Ceux qui ont vécu avec au moins un compagnon du prophète.
103 Al-Suyûtî ‘Abd al-Rahmân, Târîkh al-Khulafâ’, Bayrût, Dâr ibn Hazm, 1ère édition, 2003, p. 185.
104 Ibid, 186.
105 Cette phrase fait parties des propos qu’il tenait dès le début de sa mission.

Mame  Libasse Thiaw Laye

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